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Le christianisme oriental

Le christianisme oriental
Affiche conférence du 18 décembre 2023

Résumé de la conférence

Diversité des christianciles orientaux et de la tradition syriaque

Les sources proviennent de la transcription d’une conférence YouTube de Muriel Debié intitulée « Le christianisme oriental », qui explore la diversité et la richesse des traditions chrétiennes orientales. La conférencière explique pourquoi elle préfère le terme « christianismes orientaux » au pluriel, insistant sur les nombreuses formes distinctes qui existent, notamment en Orient et au Proche-Orient. Elle retrace les divisions historiques de ces églises, souvent liées à des conciles œcuméniques comme ceux de Nicée et de Chalcédoine, et souligne l’importance de la tradition syriaque, une forme d’araméen. Enfin, elle met en lumière l’extraordinaire expansion du christianisme syriaque vers l’Est, jusqu’en Inde et en Chine, ainsi que la richesse de sa littérature et de sa théologie poétique. La discussion aborde également l’impact de ces traditions sur le monde musulman et les différences culturelles par rapport aux christianismes latin et grec.

Christianismes Orientaux.

La désignation correcte est celle des Christianismes orientaux au pluriel, car parler de « christianisme oriental » au singulier n’a pas de sens, étant donné la grande diversité des formes chrétiennes en Orient. Ce serait aussi peu pertinent que de parler de « christianisme occidental » pour englober le catholicisme latin, les diverses formes de protestantisme et l’orthodoxie.
Il est également préférable d’éviter l’expression « chrétiens d’Orient », car elle est fortement marquée par le colonialisme français et remonte à l’époque où Saint-Louis et la royauté française ont protégé ces communautés. Aujourd’hui, les chrétiens du Proche-Orient ne se qualifient jamais eux-mêmes de « chrétiens d’Orient ».
Diversité et Divisions historiques
Les Christianismes orientaux se distinguent par une richesse extrême et des formes variées qui correspondent à des langues, des cultures et des liturgies différentes. Leurs ramifications sont nombreuses et remontent au 5e siècle.
Les divisions ecclésiales se sont faites progressivement à partir des grands conciles œcuméniques :

  1. Concile de Nicée (325) : Réuni par l’empereur Constantin, ce concile est accepté par la majorité des Églises actuelles, y compris l’Église latine. Il a notamment établi le dogme de la Trinité (Dieu est Père, Fils et Esprit).
  2. Concile d’Éphèse (431) : La première grande séparation institutionnelle est celle de l’Église de l’Est, située dans l’Empire perse (sous domination Sassanide, 3e au 7e siècle). Cette Église n’a pas reconnu les conciles suivants, y compris celui d’Éphèse. Aujourd’hui, elle existe toujours mais est divisée en plusieurs églises, dont l’Église assyrienne de l’Orient et l’Église chaldéenne (cette dernière s’étant rattachée à Rome).
  3. Concile de Chalcédoine (451) : Les églises appelées orthodoxes orientales (ou parfois non-chalcédoniennes) ont refusé de reconnaître ce concile. Ces églises sont l’Église copte orthodoxe, l’Église éthiopienne orthodoxe, l’Église arménienne orthodoxe et l’Église syriaque orthodoxe.
    Ces divisions étaient liées à des disputes théologiques portant sur la manière dont les natures humaine et divine du Christ sont associées (bien que toutes les églises s’accordent sur le fait que le Christ est pleinement Dieu et pleinement homme). Les séparations se sont cristallisées véritablement en tant qu’institutions à partir du 7e siècle, notamment à la période islamique, lorsque ces provinces ont pris leur autonomie par rapport à l’Église grecque-orthodoxe.
    Groupes d’Églises
  • Églises non-chalcédoniennes (Orthodoxes Orientales) : Elles se définissent elles-mêmes comme orthodoxes, considérant que l’Église grecque orthodoxe et l’Église latine se sont éloignées de l’orthodoxie ancienne.
  • Églises chalcédoniennes (Tradition Byzantine) : Celles qui acceptent Chalcédoine incluent l’Église catholique romaine, l’Église maronite au Liban, et les Églises orthodoxes orientales de tradition byzantine (Église grecque-orthodoxe, l’Église orthodoxe russe, l’Église orthodoxe géorgienne).
  • Églises Unies (rattachées à Rome) : Plusieurs parties de ces églises se sont rattachées à Rome au cours de leur histoire, reconnaissant l’autorité du pape tout en conservant souvent leurs propres patriarches. On trouve ainsi l’Église copte catholique, l’Église arménienne catholique et l’Église melkite (branche rattachée à Rome de l’Église grecque-orthodoxe).
    La Tradition Syriaque : un exemple majeur
    La tradition syriaque est une forme particulière de Christianisme oriental dont la langue, le syriaque, est une forme d’araméen parlée et écrite dans l’ancien royaume d’Osroène, notamment à Édesse (aujourd’hui Şanlıurfa, en Turquie du Sud-Est).
    Édesse est considérée comme l’un des premiers royaumes (avec l’Arménie) à se convertir au christianisme. Le syriaque a survécu et est devenu une langue de culture pour les chrétiens du Proche-Orient, à l’instar du latin et du grec, même après que la région soit passée sous domination romaine.
    Littérature et Langue
  • Traductions bibliques : La Bible a été traduite de nombreuses fois en syriaque (quatre versions de l’Ancien Testament et cinq du Nouveau Testament). La traduction de l’Ancien Testament, appelée la Peshitta, a été réalisée directement de l’hébreu dès le 2e siècle, probablement par des milieux juifs d’Édesse, et remonte à une version hébraïque plus ancienne que celle connue aujourd’hui par la tradition massorétique. Pour le Nouveau Testament, la version appelée le Diatessaron (une combinaison des quatre évangiles en un seul) date également du 2e siècle.
  • Poésie et Théologie : La langue syriaque est devenue une langue liturgique et de littérature. La théologie syriaque s’est souvent exprimée sous forme de poème, comme les homélies métriques (memre) de douze pieds (vers de Jacques de Saroug). Ces traditions reprennent des genres littéraires très anciens, comme les poèmes dialogués, que l’on retrouvait déjà dans les tablettes de l’époque assyrienne.
    Une Approche « Genrée »
    La littérature syriaque ancienne est remarquable pour son approche genrée de la théologie, qui se manifeste dans l’attribution au Christ ou au Saint-Esprit d’activités habituellement féminines, ce qui n’est pas le cas dans les christianismes latin et grec.
  • Le Saint-Esprit (Rouḥa est féminin grammaticalement en syriaque) est présenté comme ayant une activité féminine (par exemple, une colombe couvant des œufs).
  • Le Christ est présenté dans une image d’allaitement, par exemple en suçant le lait de Marie ou tirant le lait des seins du Père, soulignant que, même en tant que divinité, il a des activités pouvant être qualifiées de féminines.
    Expansion Géographique
    Le christianisme syriaque s’est répandu massivement, peut-être parce qu’il n’était pas porté par un État. Son expansion a suivi les routes commerciales (routes de la soie, routes maritimes) vers l’Est et le Sud.
  • Asie Centrale et Chine : Des missionnaires syriaques sont arrivés jusqu’à la Chine et au Tibet. Au 17e siècle, on a redécouvert la Stèle de Xi’an, inscrite en chinois et en syriaque, qui raconte l’arrivée des premiers missionnaires au 7e siècle et l’autorisation impériale de construire des monastères. Cette stèle mentionne un papa du Sinistan (région du Tibet actuel), indiquant la présence d’au moins un évêque local. Des manuscrits découverts à Dunhuang montrent comment les textes liturgiques syriaques ont été traduits en chinois.
  • Inde : En Inde du Sud-Ouest, dans l’état du Kérala, il existe encore aujourd’hui sept églises différentes de tradition syriaque. Ces communautés sont aujourd’hui parmi les plus nombreuses au monde de tradition syriaque. La tradition attribue leur christianisation à l’apôtre Thomas.
    Interactions Culturelles et Religieuses
    Les chrétiens orientaux étaient en contact étroit avec d’autres cultures et religions de la région.
  • Judaïsme : Il y avait une forte proximité entre le christianisme syriaque et le judaïsme. L’hébreu et l’araméen (syriaque) sont des langues sémitiques, favorisant la connaissance mutuelle. Des communautés juives nombreuses se trouvaient en Mésopotamie du Nord (Adiabène) et dans l’Empire perse (communautés juives babyloniennes). Cependant, la littérature syriaque comporte aussi un antijudaïsme virulent, traditionnel dans la littérature chrétienne, qui véhicule une idée de remplacement de la Synagogue par l’Église.
  • Zoroastrisme : Les chrétiens vivant dans l’Empire perse, sous la dynastie sassanide, connaissaient le zoroastrisme. Des textes de controverse et des Actes des Martyrs persans (chrétiens persécutés) témoignent de cette connaissance. L’École des Perses à Édesse permettait aux chrétiens persans d’apprendre la théologie et la philosophie, assurant une circulation culturelle entre les deux empires.
  • Islam et Culture Arabe : L’arabisation des églises orientales a été progressive à partir du 7e siècle, l’arabe devenant la langue dominante de l’administration et de la culture, ainsi que partiellement de la liturgie. Avant et après l’Islam, il existait des chrétiens arabes, y compris des prêtres, moines et évêques arabes, qui participaient à la vie de l’Église dans les Empires romain et perse. L’arrivée de l’Islam ne provoqua pas de changement immédiat pour les chrétiens, qui sont restés majoritaires pendant au moins deux siècles, et les conversions n’étaient souvent pas forcées. Des traditions chrétiennes anciennes, issues de textes apocryphes (comme l’épisode du palmier s’inclinant lors de la Fuite en Égypte), ont même circulé et se sont retrouvées dans le Coran (dans la sourate Mariam).

Tradition Syriaque.

Vous souhaitez une discussion approfondie de la Tradition Syriaque.
La tradition syriaque est une composante essentielle des Christianismes orientaux, qui se distingue par sa langue, sa littérature, son expansion géographique et sa riche tradition théologique.

  1. Origines et Centre Géographique
    La tradition syriaque est centrée autour de la ville d’Édesse (aujourd’hui Şanlıurfa, dans le sud-est de la Turquie).
  • Langue : Le syriaque est une forme d’araméen, spécifiquement l’araméen parlé et écrit dans l’ancien royaume d’Osroène, où se situait Édesse. L’araméen n’existe pas au singulier ; il existait différentes formes, comme l’araméen de Palmyre, des Nabatéens, ou de Hatra, mais l’araméen d’Édesse (le syriaque) est la forme qui a survécu et est devenue une langue de culture.
  • Édesse (Urfa/Şanlıurfa) : Édesse, dont le nom araméen est Urha, aurait été refondée par Alexandre le Grand au 3e siècle avant notre ère (sous le nom grec d’Edessa). Selon la tradition, le royaume d’Osroène est l’un des premiers, avec l’Arménie, à s’être converti au christianisme. La mémoire religieuse chrétienne puis musulmane y est très forte, la ville étant par exemple associée au passage d’Abraham.
  • Survie du Syriaque : Contrairement à d’autres formes d’araméen (comme le palmirénien ou le ratréen) qui ont disparu après que leurs royaumes respectifs sont passés sous domination romaine, le syriaque a survécu. Il est devenu la langue liturgique et la langue de culture des chrétiens du Proche-Orient, au même titre que le latin et le grec.
  1. Littérature, Bible et Poésie
    La tradition syriaque est particulièrement riche en littérature, la théologie s’y exprimant souvent sous forme de poèmes.
    Traductions Bibliques
    Le nombre important de traductions de la Bible en syriaque témoigne de l’importance de cette langue.
  • Ancien Testament : On compte quatre traductions de l’Ancien Testament en syriaque. La plus importante est la Peshitta, traduite directement de l’hébreu en syriaque dès le 2e siècle de notre ère, probablement par des communautés juives d’Édesse. Cette version syriaque est cruciale, car elle permet de remonter à un état de la version hébraïque plus ancienne que celle connue par la tradition massorétique actuelle. Des versions ultérieures ont été retraduites à partir du grec (versions philoxénienne au 6e siècle et syro-hexaulaire vers l’an 700).
  • Nouveau Testament : On dénombre cinq traductions du Nouveau Testament. Dès le 2e siècle, le Diatessaron, une combinaison des quatre évangiles en un seul, est traduit en syriaque. Au 4e siècle, la Peshitta complète du Nouveau Testament est réalisée à partir du grec.
    Littérature Chrétienne
    Ces traductions ont servi de point de départ à une littérature chrétienne syriaque comprenant des compositions originales et des traductions du grec.
  • Auteurs anciens : Des écrits datent du 2e siècle, comme le traité philosophique de Bardesane d’Édesse, qui montre une grande culture et a été largement lu dans le christianisme ancien.
  • Théologie en poésie : La théologie syriaque s’est exprimée sous forme de poème. Les homélies prononcées lors des fêtes ou des dimanches étaient souvent des homélies métriques, appelées memre. Le « vers de Jacques de Saroug » est un type d’alexandrin (vers de 12 pieds) utilisé dans ces homélies versifiées.
  • Exemple théologique : Éphrem de Nisibe, un très grand poète syriaque, a composé des Hymnes sur la Nativité. Ces poèmes offrent une lecture théologique profonde et illustrent l’approche genrée de cette tradition, par exemple, en décrivant le Christ suçant le lait de Marie ou tirant le lait des seins du Père.
  1. Expansion et Influences Culturelles
    Le christianisme syriaque s’est massivement répandu le long des routes commerciales, peut-être parce qu’il n’était pas porté par un État.
    Expansion vers l’Est (Routes de la Soie)
    Après la christianisation de la Mésopotamie du Nord, l’expansion vers l’Est a suivi les routes terrestres et maritimes.
  • Chine et Tibet : Les missionnaires syriaques ont atteint la Chine et le Tibet. La découverte de la Stèle de Xi’an au 17e siècle, inscrite en chinois et en syriaque, atteste de l’arrivée de missionnaires au 7e siècle et de l’autorisation impériale de construire des monastères. Cette stèle mentionne un papa du Sinistan (région du Tibet actuel), suggérant la présence d’au moins un évêque local. Des manuscrits découverts à Dunhuang montrent comment les textes liturgiques syriaques ont été traduits en chinois.
  • Mongolie et Asie Centrale : Des tombes et cimetières avec des inscriptions en syriaque ont été retrouvés en Asie centrale et en Mongolie. Les inscriptions syriaques de ces cimetières ont même permis de prouver que la grande peste du Moyen Âge était partie de ces régions.
    Inde
    Le christianisme syriaque s’est également répandu vers l’Inde, par une autre route.
  • Kerala : Dans l’État du Kerala (Inde du Sud-Ouest), il existe aujourd’hui sept églises différentes de tradition syriaque. Ces communautés sont actuellement parmi les plus nombreuses de tradition syriaque au monde. La tradition locale attribue leur christianisation à l’apôtre Thomas.
    Rois Mages et Apocryphes
    Dans la tradition syriaque, les Rois Mages ne sont pas trois, mais douze, et sont considérés comme une préfiguration des apôtres. Ils sont vus comme les premiers à avoir annoncé la bonne nouvelle en Orient, christianisant ainsi l’Empire part avant même les autres régions.
    Les traditions apocryphes (textes chrétiens ne faisant pas partie du Nouveau Testament) ont eu une grande influence dans la région, s’étendant même jusqu’au Coran. L’épisode du palmier s’inclinant lors de la Fuite en Égypte, qui vient de textes apocryphes très anciens, se retrouve dans la Sourate Mariam.
  1. Relations avec les autres cultures
    Les chrétiens syriaques, notamment ceux de l’Église de l’Est qui se trouvait dans l’Empire perse Sassanide, ont eu des contacts importants avec les communautés juives, les zoroastriens et le monde arabe.
  • Judaïsme : Il y avait une grande proximité entre le christianisme syriaque et le judaïsme, favorisée par l’utilisation de langues sémitiques (hébreu, araméen, arabe). Des communautés juives nombreuses se trouvaient en Mésopotamie du Nord (comme en Adiabène, convertie au judaïsme avant la période chrétienne) et dans l’Empire perse (communautés juives babyloniennes). La traduction de la Peshitta directement de l’hébreu en est un exemple. Cependant, la littérature syriaque contient également un antijudaïsme virulent, qui véhicule l’idée de remplacement (l’Église ayant récupéré l’élection divine perdue par la Synagogue).
  • Zoroastrisme : Les chrétiens vivant dans l’Empire perse connaissaient le zoroastrisme. L’existence d’une École des Perses à Édesse permettait aux chrétiens persans d’étudier la théologie et la philosophie, facilitant la circulation des connaissances entre les deux empires. De nombreux Actes des Martyrs persans (chrétiens persécutés par les souverains perses, aux côtés d’autres groupes comme les Juifs et les Manichéens) témoignent de cette connaissance et des controverses avec le zoroastrisme.
  • Arabisation et Islam : Le christianisme syriaque s’est arabisé progressivement à partir du 7e siècle, l’arabe devenant la langue dominante de l’administration et de la culture. Il existait des chrétiens arabes (prêtres, moines, évêques) avant et après l’arrivée de l’Islam, qui participaient à la vie de l’Église dans les empires romain et perse. Pendant plusieurs siècles après l’arrivée de l’Islam, la situation des chrétiens ne changea pas drastiquement et ils sont restés majoritaires pendant au moins deux siècles, les conversions n’étant pas souvent forcées.
  1. L’Approche Genrée (Genre)
    La littérature syriaque ancienne présente une approche genrée de la théologie, différente des traditions latines et grecques.
  • Le Saint-Esprit : Le terme syriaque pour le Saint-Esprit, Rouḥa, est grammaticalement féminin. Le Saint-Esprit est ainsi présenté comme ayant une activité féminine, par exemple, celle d’une colombe couvant des œufs.
  • Le Christ : Le Christ est décrit dans des images d’allaitement, une activité habituellement attribuée aux femmes, comme sucer le lait de Marie ou tirer le lait des seins du Père. Ces images montrent que le Christ, même en tant que divinité, exerce des activités qui pourraient être qualifiées de féminines. Les textes syriaques vont jusqu’à dire que la Vierge Marie a engendré « comme un homme par sa volonté, parce qu’elle l’a voulu ». parce qu’elle l’a voulu ».

Divisions Églises.

La discussion sur les Divisions des Églises orientales est essentielle pour comprendre la complexité et la richesse des Christianismes orientaux au pluriel, puisque parler de « christianisme oriental » au singulier n’a pas de sens étant donné l’extrême diversité des formes chrétiennes en Orient. Ces ramifications sont nombreuses et remontent au 5e siècle.
Les divisions ecclésiales se sont faites progressivement à partir des grands conciles œcuméniques, des réunions universelles considérées comme obligatoires pour les évêques et réfléchissant sur des sujets dogmatiques.
Les Principales Étapes des Divisions
L’histoire des séparations est marquée par le rejet progressif des décisions conciliaires par différentes communautés, souvent pour des raisons dogmatiques, de vocabulaire ou de géoeclésiologie.

  1. Le Concile de Nicée (325)
    Le Concile de Nicée, réuni par l’Empereur Constantin, est le premier de ces grands conciles.
  • Il a établi le dogme de la Trinité (Dieu est Père, Fils et Esprit).
  • La majorité des Églises que nous connaissons aujourd’hui, y compris l’Église latine, acceptent ce concile.
  1. L’Église de l’Est et le Concile d’Éphèse (431)
    La première grande séparation institutionnelle est celle de l’Église de l’Est (ou Église de Perse).
  • Cette Église, située dans l’Empire perse (sous la dynastie sassanide, entre le 3e et le 7e siècle), n’était pas dans l’Empire romain.
  • Elle se sépare après Nicée parce qu’elle ne reconnaît pas le concile suivant, celui d’Éphèse, qui a lieu en 431.
  • L’Église de l’Est, séparée pour des raisons géographiques et dogmatiques, existe toujours mais est aujourd’hui divisée en plusieurs églises, notamment l’Église assyrienne de l’Orient et l’Église chaldéenne.
  1. Les Églises Orthodoxes Orientales et le Concile de Chalcédoine (451)
    Une autre série de séparations est survenue suite au Concile de Chalcédoine qui a eu lieu en 451.
  • Les églises qui refusent de reconnaître Chalcédoine sont appelées les orthodoxes orientales (ou parfois non-chalcédoniennes).
  • Ce groupe comprend l’Église copte orthodoxe, l’Église éthiopienne orthodoxe, l’Église arménienne orthodoxe et l’Église syriaque orthodoxe.
  • Les séparations dogmatiques tournent autour de la question de la nature du Christ (pleinement Dieu et pleinement homme) et de la manière dont ces deux natures s’associent, souvent pour des raisons de vocabulaire ou de traduction.
    La Cristallisation Institutionnelle des Séparations
    Les divisions dogmatiques et les doubles hiérarchies (des évêques pro-Chalcédoine et anti-Chalcédoine) qui apparaissaient dès le 5e siècle se sont cristallisées véritablement en tant qu’institutions à partir du 7e siècle.
  • Cette cristallisation coïncide avec la période islamique, lorsque les provinces de l’Empire romain passent sous domination de l’Islam. Ces églises prennent alors leur autonomie par rapport à l’Église grecque-orthodoxe, devenant des institutions à part entière avec leurs propres patriarches.
  • À titre d’exemple, en Syrie ancienne, la majorité de la population, ou du moins la majorité des évêques, était anticalcédonienne.
    Le Vocabulaire de l’Orthodoxie
    La terminologie est complexe car ces églises séparées du tronc impérial romain/byzantin se définissent elles-mêmes comme orthodoxes.
  • Elles considèrent que l’Église grecque orthodoxe et l’Église latine se sont éloignées de l’orthodoxie ancienne, et qu’elles sont les seules à l’avoir conservée.
  • La position occidentale a tendance à réserver le terme « orthodoxe » uniquement à l’Église grecque et aux églises slaves orthodoxes.
    Les Groupes d’Églises après les Conciles
    La diversité des Christianismes orientaux se manifeste dans l’existence de plusieurs grands groupes :
    Groupe d’Églises
    Concile Accepté (ou refusé)
    Exemples (Non exhaustif)
    Églises de l’Est
    Acceptent Nicée (325). Refusent Éphèse (431).
    Église Assyrienne de l’Orient ; Église Chaldéenne (unie à Rome).
    Orthodoxes Orientales
    Refusent Chalcédoine (451).
    Église Copte Orthodoxe, Église Éthiopienne Orthodoxe, Église Arménienne Orthodoxe, Église Syriaque Orthodoxe.
    Églises de Tradition Byzantine
    Acceptent Chalcédoine (451).
    Église Grecque Orthodoxe, Église Orthodoxe Russe, Église Orthodoxe Géorgienne.
    Églises Catholiques
    Acceptent Chalcédoine (451).
    Église Catholique Romaine.
    Rapprochements et Églises Unies (Rattachées à Rome)
    Un phénomène important est le rattachement à Rome de certaines parties de ces églises, formant les Églises Unies (ou Églises catholiques orientales).
  • Ces communautés ont reconnu l’autorité du pape mais ont souvent conservé leurs propres patriarches et leurs propres traditions liturgiques.
  • On trouve, par exemple : l’Église chaldéenne, l’Église copte catholique, l’Église arménienne catholique, et l’Église melkite (une branche de l’Église grecque-orthodoxe rattachée à Rome).
  • Il existe également d’autres divisions, comme l’apparition d’une église copte évangélique et une église arménienne évangélique.
    La Richesse des Liturgies
    Les divisions se manifestent également dans les pratiques liturgiques.
  • Chacune de ces églises possède sa propre tradition liturgique.
  • Lorsque certaines se sont rattachées à Rome, leur liturgie a été partiellement latinisée dans sa forme, mais pas nécessairement dans sa langue.
  • La richesse liturgique est immense ; par exemple, dans les périodes anciennes de la tradition syriaque, il existait 70 formes différentes de la messe.
    Importance du Dialogue
    Malgré l’ancienneté et la complexité de ces divisions (qui se sont produites bien avant les schismes entre l’Église latine et l’Église grecque orthodoxe), les différences dogmatiques ne sont pas considérées comme si importantes aujourd’hui. Il existe de nombreux dialogues entre ces églises.

Syriac comme Langue.

Absolument. La discussion sur la langue syriaque est fondamentale pour comprendre la Tradition Syriaque, qui est une des formes desAbsolument. La discussion sur la langue syriaque est fondamentale pour comprendre la Tradition Syriaque, qui est une des formes des Christianismes orientaux.

  1. Le Syriaque comme forme d’Araméen
    Le Syriaque (ou syriaque) est une forme d’araméen. Il s’agit spécifiquement de l’araméen parlé et écrit dans l’ancien royaume d’Osroène, dont la capitale était Édesse (appelée Urha en araméen, ou Şanlıurfa en turc aujourd’hui).
  • Diversité de l’Araméen : L’araméen au singulier « n’existe pas ». Il existait à l’époque du début du christianisme plusieurs formes d’araméen dans la région, qui étaient des langues cousines mais non identiques, chacune ayant son écriture. On peut citer l’araméen d’Édesse (le syriaque), l’araméen de Palmyre, l’araméen des Nabatéens et l’araméen de la ville de Hatra (le ratréen).
  • Araméen Moyen : Le syriaque est considéré comme une forme d’araméen moyen.
  1. Le Syriaque, Langue de Culture et de Liturgie
    Contrairement à d’autres formes d’araméen comme le palmirénien ou le ratréen, qui ont entièrement disparu lorsque leurs royaumes respectifs sont passés sous domination romaine, le syriaque a survécu.
  • Changement politique : Après qu’Édesse fut devenue une province de l’Empire romain, il n’y a plus eu de pouvoir politique utilisant le syriaque comme langue officielle.
  • Survie par l’Église : La raison de sa survie et de son importance est qu’il est devenu la langue liturgique mais également la langue de culture des chrétiens du Proche-Orient, au même titre que le latin et le grec.
  1. Les Traductions Bibliques en Syriaque
    La présence de nombreuses traductions de la Bible atteste de l’importance du syriaque.
  • Multiples versions : On compte quatre traductions de l’Ancien Testament et cinq traductions du Nouveau Testament en syriaque.
  • L’Ancien Testament :
    ◦ La plus célèbre est la Peshitta (ou apshita), traduite directement de l’hébreu en syriaque dès le IIe siècle.
    ◦ Cette traduction fut probablement réalisée dans des milieux juifs d’Édesse qui connaissaient l’hébreu.
    ◦ La version syriaque de la Peshitta est précieuse car elle permet de remonter à une version hébraïque plus ancienne que celle connue aujourd’hui par la tradition massorétique.
    ◦ Des retraductions ont été faites plus tard à partir du grec (la version philoxénienne au VIe siècle et la syro-hexaulaire, révisée par Jacques d’Édesse vers l’an 700).
  • Le Nouveau Testament :
    ◦ Dès le IIe siècle, une traduction des quatre Évangiles en syriaque existait, appelée le Diatessaron (une combinaison des quatre en un seul).
    ◦ La traduction complète de la Peshitta pour le Nouveau Testament, faite à partir du grec, date d’environ l’an 400.
  1. Le Syriaque comme Langue Littéraire et Théologique
    Le syriaque est devenu une langue dans laquelle a été composée une riche littérature chrétienne.
  • Littérature ancienne : Des écrits datent du IIe siècle, comme un traité philosophique de Bardesane d’Édesse, un aristocrate formé à la philosophie grecque, qui montre une grande culture et fut rédigé en syriaque.
  • Théologie en Poésie : La théologie s’est exprimée en syriaque sous la forme de poème.
    ◦ Les homélies données lors des fêtes ou des dimanches étaient des homélies métriques (memre) en alexandrin.
    ◦ Le « vers de Jacques de Saroug » est un vers de 12 pieds, proche de la diction naturelle, utilisé dans ces homélies versifiées.
    ◦ Cette tradition syriaque a repris des genres littéraires mésopotamiens très anciens, tels que les poèmes dialogués (où deux personnages, comme l’Église et la Synagogue, ou Satan et la Mort, disputent).
  • Exemples d’auteurs : Le grand poète syriaque Éphrem de Nisibe a composé, par exemple, les Hymnes sur la Nativité.
  1. Caractéristique Unique : L’Approche Genrée
    La littérature syriaque ancienne est remarquable pour son approche genrée de la théologie, qui n’est pas aussi fréquente dans les christianismes latin et grec.
  • Le Saint-Esprit : Le terme syriaque pour le Saint-Esprit (Rouḥa) est grammaticalement féminin (ce qui n’est pas le cas en grec). Le Saint-Esprit est donc présenté avec une activité féminine, par exemple, comme une colombe couvant des œufs.
  • Le Christ : Le Christ est souvent présenté dans des images d’allaitement. Des textes syriaques décrivent le Christ « suçant le lait de Marie » ou « tirant le lait des seins du Père », illustrant que la divinité exerce des activités traditionnellement attribuées aux femmes.
  1. Le Syriaque et les Routes Commerciales
    Bien que le syriaque n’ait pas été porté par un État puissant, il s’est répandu massivement comme langue liturgique le long des routes commerciales (routes de la soie, routes maritimes) vers l’Est et le Sud.
  • Expansion : Des missionnaires syriaques ont atteint l’Asie centrale, le Tibet et la Chine. La Stèle de Xi’an (VIIe siècle), inscrite en chinois et en syriaque, témoigne de cette présence et des efforts pour traduire les textes liturgiques syriaques en chinois.
  • Traductions Culturelles : Des manuscrits trouvés à Dunhuang montrent comment les textes syriaques ont été adaptés, cherchant à rendre la notion de la Trinité dans un langage compréhensible pour les Chinois.
  • Inde : En Inde du Sud-Ouest, dans l’État du Kerala, il existe aujourd’hui sept églises différentes de tradition syriaque.
  1. Relation avec l’Arabe et le Judaïsme
    Le syriaque a maintenu des liens étroits avec d’autres langues sémitiques, notamment l’hébreu et l’arabe.
  • Arabisation : Après le VIIe siècle et la domination de l’Islam, les églises orientales (y compris celles de tradition syriaque) se sont progressivement arabisées, l’arabe devenant la langue dominante de l’administration et de la culture, et utilisée partiellement dans la liturgie.
  • Judaïsme : Le christianisme syriaque est très proche du judaïsme, favorisé par le fait que l’hébreu et l’araméen sont des langues sémitiques. La traduction de la Peshitta directement de l’hébreu au IIe siècle en est la preuve. Par exemple, Éphrem de Nisibe avait une grande connaissance des traditions juives non rabbiniques de son époque. Des traditions anciennes, comme la médecine babylonienne, se retrouvent à la fois dans les textes de médecine syriaque et dans le Talmud babylonien. Cependant, comme dans toute la littérature chrétienne, on trouve aussi un antijudaïsme virulent dans les textes syriaques, prônant l’idée du remplacement de la Synagogue par l’Église.

Culture Mésopotamienne.

La Culture Mésopotamienne est intimement liée à la Tradition Syriaque, l’une des formes majeures des Christianismes orientaux, notamment en raison de l’implantation géographique et de l’héritage littéraire et culturel des chrétiens syriaques.

  1. Implantation Géographique
    La tradition syriaque s’étend géographiquement sur une zone correspondant à la Mésopotamie historique.
  • Le syriaque se trouve dans des régions qui couvrent la Mésopotamie du Nord et la Mésopotamie du Sud.
  • L’Irak actuel fait partie des zones où se trouvent les églises syriaques et les chrétiens de cette tradition.
  1. Héritage Littéraire Mésopotamien Ancien
    Les chrétiens de tradition syriaque ont repris des traditions mésopotamiennes très anciennes. Cela est particulièrement visible dans les formes littéraires employées pour la théologie :
  • Le Poème Dialogué : Un genre de poème dialogué, que l’on retrouvait dans les tablettes de l’époque assyrienne, a été intégré à la tradition syriaque.
  • Ces poèmes mettent en scène des personnages ou des personnifications (par exemple, un arbre et une chèvre) qui dialoguent entre eux.
  • Dans la littérature syriaque, on trouve ainsi des poèmes dialogués où des figures comme la Vierge dispute avec Joseph ou avec les anges, où l’Église et la Synagogue (personnifiées) disputent entre elles, ou encore où Satan et la Mort débattent pour savoir lequel des deux l’emportera. C’est une tradition mésopotamienne très ancienne, que l’on retrouve également dans l’Empire perse.
  1. Connaissances Transmises
    La Mésopotamie a servi de pont de transmission de connaissances et de traditions entre les cultures présentes dans la région :
  • Médecine Babylonienne : Des recherches mettent en évidence la transmission progressive de traditions mésopotamiennes très anciennes à travers, par exemple, la médecine babylonienne.
  • Ces éléments de médecine babylonienne se retrouvent à la fois dans les textes de médecine syriaque et dans le Talmud babylonien.
  1. Relations avec le Judaïsme Mésopotamien
    La Mésopotamie était une région où les Juifs étaient nombreux, favorisant une proximité culturelle avec les chrétiens syriaques, dont la langue (syriaque, une forme d’araméen) et l’hébreu sont des langues sémitiques.
  • Communautés Juives : Il y avait de nombreuses communautés juives dans l’Empire perse (les communautés juives babyloniennes) ainsi qu’en Mésopotamie du Nord.
  • Le royaume d’Adiabène, qui se trouvait non loin du royaume d’Osroène (où se situe Édesse), s’était converti au judaïsme avant la période chrétienne, et l’on y trouvait de nombreuses communautés juives avec des académies ou des écoles.
  • La connaissance du judaïsme par les auteurs syriaques était très grande ; par exemple, Éphrem de Nisibe connaissait les traditions juives non rabbiniques de son époque.
  • La traduction de l’Ancien Testament en syriaque (la Peshitta) a été réalisée directement de l’hébreu dès le IIe siècle, probablement par des milieux juifs d’Édesse.

Pluralité et Trajectoires des Christianismes Orientaux : Une Analyse des Divisions et de la Tradition Syriaque

  1. Introduction : Déconstruire les Singularités pour Saisir la Complexité
    Pour appréhender le christianisme dans ses expressions orientales, il est impératif de dépasser les visions simplistes et les cadres terminologiques hérités de l’histoire. Comme le souligne l’historienne Muriel Debié, parler du « christianisme oriental » au singulier est une simplification aussi réductrice que de parler du « christianisme occidental » pour englober indistinctement le catholicisme, les protestantismes et l’orthodoxie. Cette approche moniste écrase une diversité historique, culturelle et dogmatique d’une immense richesse, qui ne peut être saisie qu’à travers le pluriel : les christianismes orientaux.
    De même, l’expression courante « chrétiens d’Orient » est problématique. Fortement marquée par l’histoire du colonialisme français et la politique de protection initiée dès le règne de Saint-Louis, elle véhicule une mémoire complexe. Les communautés concernées ne se désignent jamais elles-mêmes par ce terme, qui leur impose une identité définie de l’extérieur, tout comme nous ne nous qualifions pas de « chrétiens d’Occident ». Il convient donc d’adopter un vocabulaire plus respectueux de l’autodéfinition et de la complexité historique de ces Églises.
    Cet essai se propose d’explorer cette pluralité en deux temps. Dans un premier temps, nous analyserons les grandes divisions dogmatiques et institutionnelles qui ont fragmenté le paysage chrétien à partir des conciles œcuméniques de l’Antiquité tardive, dessinant ainsi la cartographie des principales familles d’Églises. Dans un second temps, nous nous concentrerons sur une étude de cas approfondie : la tradition syriaque. À travers elle, nous illustrerons comment une langue et une culture spécifiques ont pu devenir le véhicule d’une vitalité théologique et d’une expansion missionnaire remarquables, souvent ignorées des récits eurocentrés de l’histoire du christianisme. Cette exploration nous mènera des origines du christianisme aux confins de la Chine et de l’Inde, révélant la fécondité d’une tradition dépourvue de soutien étatique. En commençant par les fractures fondatrices, nous pourrons mieux comprendre les trajectoires uniques de ces christianismes.
  2. Les Grandes Fractures Conciliaires et la Ramification des Églises
    Les conciles œcuméniques de l’Antiquité tardive, convoqués pour définir les dogmes fondamentaux de la foi chrétienne, ont paradoxalement agi comme de puissants catalyseurs de divisions. Les désaccords, bien que centrés sur des questions théologiques complexes, reflétaient également des tensions culturelles, linguistiques, géopolitiques et « géoeclésiologiques » — c’est-à-dire des rivalités et des perspectives divergentes entre les grands patriarcats (Rome, Jérusalem, Antioche, etc.). Ces conciles ont ainsi donné naissance aux grandes familles d’Églises qui structurent encore aujourd’hui le paysage des christianismes orientaux.
    La première séparation : L’Église de l’Est et le Concile d’Éphèse
    La première grande ramification concerne l’Église de l’Est, dont le développement est indissociable de sa situation géopolitique. Située en grande partie hors des frontières de l’Empire romain, au sein de l’Empire perse sassanide, cette Église constitue une exception notable parmi les grandes Églises anciennes en ce qu’elle n’a pas accepté le Concile de Nicée (325). Sa séparation fut formalisée lorsqu’elle refusa également de reconnaître les conclusions du Concile d’Éphèse en 431. Cette autonomie par rapport à l’Église impériale romano-byzantine lui a permis de développer des traditions dogmatiques et institutionnelles propres. Sa postérité est aujourd’hui visible à travers sa division en deux branches principales : l’Église assyrienne de l’Orient et l’Église chaldéenne, cette dernière ayant reconnu l’autorité de Rome tout en conservant sa propre hiérarchie patriarcale.
    La fracture majeure : Le Concile de Chalcédoine (451) et les Églises Orthodoxes Orientales
    La division la plus profonde et la plus durable résulte du Concile de Chalcédoine en 451. Le cœur du débat portait sur la question de savoir, pour un Christ reconnu par tous comme « pleinement Dieu et pleinement homme », comment sont associées cette nature humaine et cette nature divine. Une part importante des chrétiens d’Orient a refusé la définition chalcédonienne, estimant qu’elle séparait trop radicalement les deux natures et s’éloignait de la foi originelle. Ces Églises forment aujourd’hui la communion des Églises orthodoxes orientales (à ne pas confondre avec les Églises orthodoxes de tradition byzantine).
    Parmi elles, on compte principalement :
  • L’Église Copte Orthodoxe (Égypte)
  • L’Église Éthiopienne Orthodoxe
  • L’Église Arménienne Orthodoxe
  • L’Église Syriaque Orthodoxe
    Il est crucial de noter le paradoxe terminologique : ces Églises se définissent elles-mêmes comme « orthodoxes », considérant que ce sont les Églises grecque (byzantine) et latine qui se sont éloignées de l’orthodoxie des premiers siècles. De notre point de vue occidental, le terme « orthodoxe » est souvent réservé aux Églises grecque et slave, ce qui témoigne d’une perspective qui n’est pas universelle.
    La cristallisation des institutions et le phénomène de l’uniatisme
    Alors que les désaccords théologiques apparaissent dès le Ve siècle, la séparation institutionnelle se cristallise véritablement à partir du VIIe siècle. La domination islamique sur les anciennes provinces orientales de l’Empire byzantin a, de manière paradoxale, permis à ces Églises non chalcédoniennes de consolider leur autonomie. Libérées de la tutelle de l’Église impériale, elles ont pu établir durablement leurs propres patriarcats et hiérarchies.
    Un autre phénomène récurrent dans l’histoire de ces Églises est celui de l’uniatisme, c’est-à-dire le « rattachement à Rome ». À différentes époques, des fractions de ces communautés (Coptes catholiques, Arméniens catholiques, Syriaques catholiques, etc.) ont reconnu l’autorité du pape. Ces nouvelles Églises, dites « catholiques orientales », ont généralement conservé leurs patriarches, leurs traditions liturgiques et leur droit canonique propres, créant ainsi un paysage ecclésial encore plus complexe.
    Après avoir dressé cette cartographie des grandes divisions, l’étude d’une tradition spécifique permet de dépasser le cadre dogmatique pour explorer la richesse culturelle et la dynamique historique qui animent ces christianismes. La tradition syriaque en offre un exemple particulièrement éclairant.
  1. La Tradition Syriaque : Un Cas d’Étude sur la Vitalité Culturelle et l’Expansion Missionnaire
    La tradition syriaque constitue un exemple paradigmatique de la richesse et de la complexité des christianismes orientaux. Son histoire démontre comment une langue et une culture, sans jamais être portées par un grand empire unifié, ont pu non seulement survivre, mais aussi devenir le véhicule d’une littérature florissante et d’une expansion missionnaire d’une ampleur souvent méconnue. Son étude permet de décentrer le regard et de saisir une dynamique du christianisme qui s’est jouée en grande partie indépendamment de Rome et de Constantinople.
    Origines et Survie d’une Langue-Culture
    Le syriaque est une forme d’araméen qui s’est développée dans le petit royaume d’Osroène, dont la capitale était Édesse (aujourd’hui Urfa, en Turquie). À l’époque des débuts du christianisme, de nombreux dialectes araméens étaient parlés dans la région, comme le palmyrénien ou le hatréen. Cependant, après que les royaumes de Palmyre et de Hatra furent absorbés par l’Empire romain, leurs langues écrites ont disparu, faute de pouvoir politique pour les soutenir.
    Le syriaque a connu un destin radicalement différent. Bien que le royaume d’Osroène soit lui aussi devenu une province romaine, le syriaque a non seulement survécu, mais il est devenu une grande langue de culture aux côtés du grec et du latin. La raison fondamentale de ce succès est son adoption comme langue liturgique et culturelle par les chrétiens du Proche-Orient. C’est l’Église, et non un État, qui a assuré sa pérennité et son rayonnement.
    Le Syriaque comme Pilier de la Littérature Chrétienne
    La vitalité de la culture syriaque s’est d’abord manifestée par un travail colossal de traduction de la Bible. Loin de se contenter d’une seule version, les savants syriaques en ont produit plusieurs, témoignant d’une activité intellectuelle intense.
  • Pour l’Ancien Testament, la version la plus ancienne et la plus importante est la Peshitta, traduite directement de l’hébreu dès le IIe siècle, probablement dans des milieux juifs d’Édesse. Sa grande valeur réside dans le fait qu’elle témoigne d’un état du texte hébreu antérieur au texte massorétique qui fait aujourd’hui autorité. D’autres traductions ont été réalisées plus tard à partir du grec.
  • Pour le Nouveau Testament, on compte également plusieurs versions successives, dont le Diatessaron (une harmonie des quatre Évangiles, IIe siècle), « la vieille syriaque » (IIIe siècle), la Peshitta (vers 400), puis les versions philoxénienne et harqléenne (VIe et VIIe siècles) cherchant à coller au plus près du texte grec.
    Ce travail de traduction a servi de socle à l’émergence d’une littérature originale foisonnante, avec des auteurs comme Bardesane d’Édesse qui, dès le IIe siècle, rédigeait des traités philosophiques en syriaque, témoignant d’une synthèse précoce entre la pensée grecque et la culture sémite locale.
    Une Expansion Globale Ignorée : Le Christianisme Syriaque en Asie
    L’un des chapitres les plus fascinants de cette tradition est son expansion vers l’Est. À partir du VIIe siècle notamment, des missionnaires de l’Église de l’Est, de langue et de culture syriaques, ont suivi les routes commerciales terrestres (routes de la soie) et maritimes pour porter le christianisme jusqu’au cœur de l’Asie. Cette histoire, largement absente de nos manuels, est attestée par de nombreuses preuves archéologiques et textuelles.
  • En Chine : La célèbre stèle de Xi’an, datée du VIIe siècle et découverte au XVIIe, est inscrite en chinois et en syriaque. Elle relate l’arrivée des missionnaires et l’autorisation que leur a donnée l’empereur de construire des monastères. Fait remarquable, le texte mentionne un « pape du sinistan » (la région du Tibet actuel), témoignant de la mise en place d’une hiérarchie locale, probablement un évêque ou un représentant patriarcal, pour administrer cette Église lointaine.
  • En Asie Centrale : Des manuscrits, des tombes ornées de motifs locaux comme la fleur de lotus mais inscrites en syriaque (en Mongolie), et de vastes cimetières chrétiens ont été découverts. Les inscriptions de l’un de ces cimetières ont même permis aux historiens de retracer l’origine de la grande peste médiévale dans cette région.
  • En Inde : La tradition locale, rattachée à la prédication de l’apôtre Thomas, a donné naissance à une forte présence chrétienne de tradition syriaque dans l’État du Kerala. On y dénombre aujourd’hui sept Églises différentes issues de cette tradition, et ces communautés figurent parmi les plus nombreuses du monde syriaque, dépassant en nombre celles restées au Proche-Orient.
    Cette expansion globale, réalisée sans l’appui d’un État, témoigne de la force intrinsèque de la tradition syriaque. Sa singularité ne réside cependant pas seulement dans son expansion géographique, mais aussi dans les formes d’expression théologique tout à fait uniques qu’elle a développées.
  1. Expressions Théologiques et Interactions Culturelles de la Tradition Syriaque
    Contrairement aux traditions grecque et latine, où le traité en prose constitue la forme dominante du discours théologique, la tradition syriaque a privilégié la poésie comme principal véhicule de son expression théologique et de sa catéchèse. Cette spécificité, héritée d’un riche substrat culturel, a donné naissance à un phénomène littéraire et spirituel unique, nourri de dialogues constants, bien que parfois conflictuels, avec les autres religions de son environnement.
    La Théologie par la Poésie
    Une des spécificités majeures de la pensée syriaque est son recours à la forme poétique pour exprimer la théologie. Les auteurs syriaques ont développé des genres littéraires poétiques pour leurs homélies et leurs controverses.
  • Les poèmes dialogués : Hérités des traditions littéraires de l’ancienne Mésopotamie, ces poèmes mettent en scène des personnages ou des allégories qui débattent. On trouve ainsi des dialogues entre l’Église et la Synagogue, entre la Vierge et l’ange, ou même entre Satan et la Mort.
  • Les homélies métriques (mêmrê) : Les sermons prononcés lors des fêtes liturgiques étaient composés en vers, le plus souvent en vers de 12 pieds, une métrique proche de la diction naturelle. Cette pratique faisait de chaque prêche une œuvre poétique et théologique.
    Une Imagination Théologique Distincte : La Question du Genre
    La littérature syriaque, notamment chez de grands poètes comme Éphrem de Nisibe (IVe siècle), développe une approche de la théologie qui mobilise des images « genrées » de manière surprenante et audacieuse. Cette sensibilité s’explique en partie par le fait que le mot pour « Esprit », Rûḥâ, est du genre féminin en syriaque.
  • Le Christ est présenté avec des attributs maternels, comme celui de l’allaitement. Dans une hymne sur la Nativité, Éphrem écrit : « Il suçait le lait de Marie, mais toutes les créatures sucent ses bienfaits. C’est lui le sein vivant ».
  • Le Saint-Esprit (Rûḥâ), étant féminin, est souvent dépeint comme une colombe qui couve ses œufs, une image de maternité et de protection.
  • La réflexion sur la conception virginale est également abordée sous un angle original. Face au paradoxe d’une conception par un Esprit féminin, certains textes syriaques expliquent que Marie « a engendré comme un homme par sa volonté », inversant les rôles de genre pour souligner la puissance de son consentement.
    Dialogues et Influences Interreligieux
    La tradition syriaque s’est développée au carrefour de plusieurs mondes religieux, avec lesquels elle a entretenu des relations complexes.
  • Avec le judaïsme : La proximité était immense. Partageant des langues sémitiques et vivant dans des régions à forte population juive (Mésopotamie), les auteurs syriaques montrent une connaissance approfondie de traditions juives non rabbiniques. Cette proximité n’excluait cependant pas un antijudaïsme virulent dans la littérature de controverse, reprenant le thème classique de la substitution de l’Église à la Synagogue.
  • Avec le monde arabe et l’islam : Des traditions chrétiennes apocryphes ont largement circulé dans le monde arabe préislamique. Ces récits ont laissé des traces visibles dans le Coran. L’exemple du palmier dans la sourate Maryam (Marie) est frappant : l’épisode où Marie, prise par les douleurs de l’enfantement, se repose sous un palmier qui s’incline pour la nourrir combine deux récits apocryphes chrétiens anciens. L’archéologie confirme ce lien : une église située entre Jérusalem et Bethléem, qui commémorait cet événement, fut transformée en mosquée au VIIIe siècle, et son pavement fut orné d’une mosaïque représentant un palmier.
  • Avec le zoroastrisme : Vivant au cœur de l’Empire perse, les chrétiens de tradition syriaque connaissaient bien la religion d’État. Cette interaction est visible à travers l’École des Perses à Édesse, où des chrétiens perses étudiaient, créant un pont intellectuel entre les deux empires. Les tensions sont également attestées, comme le rapporte Jacques de Saroug, lorsque des soldats perses occupant la ville d’Amida au VIe siècle transformèrent une église en temple du feu. Les nombreux Actes des martyrs persans témoignent également de ces interactions.
    Cette exploration de la tradition syriaque illustre à quel point les christianismes orientaux sont bien plus que de simples variantes dogmatiques. Ce sont des univers culturels à part entière, dont la richesse ne demande qu’à être redécouverte.
  1. Conclusion : La Nécessaire Approche Plurielle
    Au terme de cette analyse, l’argument initial se trouve renforcé : il est impossible de parler du « christianisme oriental » au singulier sans en trahir la nature profondément plurielle. Les grandes fractures issues des conciles de l’Antiquité tardive n’ont pas seulement créé des divisions dogmatiques ; elles ont donné naissance à des trajectoires historiques, culturelles et institutionnelles distinctes, chacune possédant une richesse propre. La complexité de cet arbre généalogique des Églises, avec ses multiples ramifications, nous invite à abandonner les schémas réducteurs.
    L’étude de cas de la tradition syriaque a permis d’illustrer de manière éclatante la vitalité d’une de ces branches. Dépourvue du soutien d’un grand empire, elle a su faire de sa langue le vecteur d’une culture littéraire et théologique d’une immense créativité. Plus encore, elle contredit une vision eurocentrée de l’histoire du christianisme en démontrant qu’une expansion missionnaire d’envergure a eu lieu vers l’Est, portant la foi chrétienne jusqu’en Chine et en Inde bien avant les missionnaires européens de l’époque moderne.
    Finalement, la richesse de ces traditions ne réside pas uniquement dans leurs divergences dogmatiques, mais dans leurs expressions culturelles, linguistiques et poétiques uniques. La théologie chantée des homélies métriques syriaques, l’imaginaire genré de ses poètes ou ses interactions fécondes avec le judaïsme et le monde perse témoignent d’une vitalité historique profonde. Comprendre les christianismes orientaux exige donc de prêter attention à ces voix singulières, qui continuent de raconter une autre histoire du christianisme, plus vaste et plus complexe que celle que nous connaissons habituellement.

Lien vidéo de la conférence : https://www.youtube.com/watch?v=qFn8_IbBjsc

Où en est le dialogue Judéo-chrétien ?

Conférencier de M. Jean-Dominique Durand, historien, professeur émérite d’Histoire contemporaine à l’Université Jean Moulin-Lyon 3. Depuis, Président de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France.

Résumé de la conference et article de CORDOBA.

L’histoire judéo-chrétienne, telle que décrite dans les sources, est une histoire complexe et passionnelle, pleine de malentendus, de persécutions et de souffrances, mais qui a connu de profondes révolutions et évolutions au cours du temps.

I. Les Origines de la Rupture et l’Enseignement du Mépris

Les Débuts et la Séparation À l’origine, les premiers Chrétiens se considéraient comme des Juifs dans le contexte d’un judaïsme non monolithique, et on pouvait parler de communautés judéo-chrétiennes. Jésus se présentait comme le Messie d’Israël, intégré à l’alliance par sa circoncision au sein de la foi juive, tout en destinant une nouvelle inouïe à l’humanité entière.

La rupture entre le catholicisme et le judaïsme, dont témoignent les Actes des Apôtres et les Épîtres de Paul, est liée à deux questions fondamentales :

1. L’interprétation de la mission de Jésus : La différence d’interprétation de Jésus comme Messie, mort et ressuscité, et le salut par la Croix, fondement d’une nouveauté radicale au cœur de l’Alliance.

2. La mission auprès des païens : Le baptême se substituant à la circoncision, et les Gentils entrant dans le Peuple de Dieu. Les Juifs y voyaient une remise en cause de la Torah.

Après l’an 70, l’idée s’est développée chez les Chrétiens que la destruction du Temple et la ruine de Jérusalem prouvaient la disqualification du peuple juif, condamné à la dispersion et à l’errance pour n’avoir pas reconnu le Messie attendu. Saint Augustin a notamment contribué à cette vision dans La Cité de Dieu.

Le Quadruple Refus et l’Antijudaïsme Cette rupture initiale fut accentuée par les Pères de l’Église qui développèrent un enseignement hostile au judaïsme, fondé sur l’accusation de déicide et un mépris absolu. Le judaïsme fut dès lors considéré comme une religion à combattre.

Cette histoire est marquée par un quadruple refus ou récusation du judaïsme par le christianisme :

1. Le refus de reconnaître le judaïsme : Représenté par les statues de l’Église (triomphante et couronnée) et de la Synagogue (se détournant, les yeux bandés, symbole du refus de reconnaître le Christ, parfois bandés par un serpent, comme à Notre-Dame de Paris ou Strasbourg).

2. Le refus de la connaissance de l’autre : Symbolisé par l’interdiction d’enseigner le Talmud (Saint Louis le fit brûler) et la méconnaissance ou le mépris de l’Ancien Testament (pour les Catholiques, il fallut attendre Vatican II).

3. Le refus de vivre ensemble : Conduit à l’organisation des ghettos, la séparation physique, les interdictions professionnelles, les expulsions, et les conversions forcées. Les Juifs étaient souvent des boucs émissaires en cas de crise (maladies, épidémies).

Cet antijudaïsme religieux, nourri au fil des siècles, a ensuite débouché au XIXe siècle sur un antisémitisme racial et social. Bien que la distinction soit faite entre les deux, le passage de l’un à l’autre est considéré comme naturel, l’antijudaïsme ayant fait prospérer les préjugés antisémites (préjugés de race, de richesse, de domination mondiale).

II. Le Rapprochement et le Rôle de Jules Isaac

L’Ambiguïté du Philo-sémitisme Dès le XVIIIe siècle, et surtout au XIXe siècle, certains Chrétiens ont cherché l’amitié et la compréhension du judaïsme (comme l’abbé Grégoire). Ce courant, appelé philosémitisme, visait à redécouvrir le judaïsme à travers ses fêtes et ses textes. Des auteurs comme Léon Bloy (Le Salut par les Juifs, 1892), Anatole Leroy-Beaulieu et Charles Péguy en ont été des figures importantes, notamment face aux crises antisémites comme l’Affaire Dreyfus.

Cependant, le philosémitisme n’était pas sans ambiguïté et contenait souvent la tentation du prosélytisme. Le modèle d’Alphonse Ratisbonne, converti en 1842 et fondateur d’une congrégation visant à convertir les Juifs, illustre cette tendance. Le prosélytisme, même subtil, n’est pas considéré comme un dialogue.

La Révolution de la Shoah et l’Action de Jules Isaac L’histoire judéo-chrétienne a connu une véritable révolution après le traumatisme de la Shoah, réalisée en terre chrétienne, et qui a forcé une interrogation sur la responsabilité du développement de l’antisémitisme chrétien.

L’historien Jules Isaac (cofondateur des manuels d’histoire Malet-Isaac) a été la figure prophétique de ce tournant. Son action découle directement de la Shoah, ayant perdu sa femme et sa fille, Lorette et Juliette Isaac, assassinées par les Nazis à Auschwitz.

Son livre fondamental, Jésus et Israël (dont on célèbre le 75e anniversaire), a été une révolution qui a secoué les consciences. Isaac a mené un combat de vérité en agissant en tant qu’historien, revenant aux textes fondateurs pour démontrer que l’enseignement chrétien du mépris (dans lequel il voyait l’origine de la Shoah) était fondé sur des interprétations erronées de la Bible et du récit de la Passion.

En 1947, le choc de la Shoah a conduit à une redécouverte du lien vital entre christianisme et judaïsme lors de la rencontre de Seelisberg (Suisse), où Jules Isaac et le Grand Rabbin Jacob Kaplan ont joué un rôle majeur, publiant les Dix Points de Seelisberg.

L’Amitié Judéo-Chrétienne de France (AJCF) a été fondée dans la foulée, en 1948, pour jouer un rôle majeur dans la connaissance mutuelle. L’AJCF est claire dans ses statuts et intentions : il n’est pas question d’essayer d’attirer l’autre vers sa propre religion.

III. Les Tournants du Concile Vatican II et de Jean-Paul II

Nostra Ætate (1965) Jules Isaac a œuvré inlassablement, allant jusqu’à rencontrer les Papes (Pie XII en 1949, Jean XXIII en 1960) pour convaincre la hiérarchie catholique de la nécessité de réviser l’enseignement chrétien. Le Pape Jean XXIII, frappé par l’expression « l’enseignement du mépris », lança la réflexion, confiant le projet au Cardinal Béa.

Malgré de vives oppositions (provenant des Églises du Moyen-Orient, d’une partie du monde catholique restant sur des positions de défiance héritées de l’antijudaïsme, et des intégristes qui y voyaient la « main des Juifs » contrôlant le Concile), la déclaration Nostra Ætate (point 4) fut votée en 1965.

Ce texte a marqué un tournant fondamental et une « deuxième révolution » :

• Le peuple juif ne peut plus être considéré comme coupable de déicide.

• Il reconnaît un lien fort entre christianisme et judaïsme.

• Il a défini théologiquement, pour la première fois de façon explicite, les relations de l’Église catholique avec le judaïsme.

• Jules Isaac, décédé en 1963, est considéré comme l’auteur indirect de Nostra Ætate, un fait noté avec étonnement par Monseigneur de Provenchères, soulignant l’initiative d’un « laïc, un laïc juif » à l’origine d’un décret conciliaire.

Les Évolutions sous Jean-Paul II Le pontificat de Jean-Paul II a été essentiel pour l’approfondissement du lien judéo-chrétien, notamment grâce à sa connaissance personnelle du judaïsme (étant né à Wadowice, en Pologne, où 40% de la population était juive, et ayant été archevêque de Cracovie, diocèse d’Auschwitz).

Ses contributions incluent :

• La reconnaissance en 1980 de la validité actuelle de l’Alliance de Dieu avec le peuple d’Israël, Alliance qui n’a « jamais été révoquée ».

• La visite à la Synagogue de Rome en 1986, où il a qualifié les Juifs de « frères aînés », affirmant que la religion juive est intrinsèque à la religion chrétienne, faisant des relations judéo-chrétiennes des relations intrafamiliales.

• Des gestes forts, comme la célébration solennelle de la repentance en 2000 pour les péchés de l’Église au cours des siècles, la reconnaissance de l’État d’Israël en 1993 (avec un passage fondamental sur l’importance de la Terre pour les Juifs), et son pèlerinage en Israël, marqué par sa visite à Yad Vashem et sa prière au Kotel.

IV. Le Dialogue Actuel et les Défis Persistants

L’œuvre de rapprochement se poursuit sous Benoît XVI et le Pape François. Le Pape François a affirmé en 2016 : « Oui à la redécouverte des racines juives du christianisme, non à toute forme d’antisémitisme, et condamnation de toute injure, discrimination, persécution qui en découle ».

L’Asymétrie et la Méfiance Le dialogue n’est pas toujours facile et reste souvent asymétrique. Les Chrétiens portent un grand intérêt au judaïsme car, sans le judaïsme et le Premier Testament (l’Ancien Testament), ils ne comprennent rien à leur propre foi (le Notre Père et l’Eucharistie étant ancrés dans le judaïsme). À l’inverse, les Juifs peuvent très bien se passer du christianisme (qui leur a d’ailleurs apporté tant de misère).

Cette asymétrie engendre une grande méfiance ou peur chez les Juifs, principalement celle de la conversion (prosélytisme). Cette crainte est historique, étant donné les nombreuses conversions forcées. L’inquiétude revient facilement car il est impossible d’effacer d’un trait de plume deux millénaires de haine et de persécution.

Persistance des Crises et Travail Historique Des crises récurrentes peuvent survenir, comme l’affaire du Carmel d’Auschwitz, le projet de béatification des Papes Pie IX et Pie XII (avec la question de son « silence »), ou une catéchèse maladroite (comme celle du Pape François sur l’Épître de Paul aux Galates). Le dialogue exige de ne pas laisser prospérer ces problèmes.

Le travail se fait sur trois plans :

1. Théologique : Connaissance des textes pour répondre aux interprétations erronées.

2. Historique : Examiner rigoureusement les faits (par exemple, sur le rôle de Pie XII).

3. Citoyen : Occuper l’espace public, multiplier les contacts avec les pouvoirs publics et œuvrer pour les commémorations, notamment face à la disparition des témoins de la Shoah.

Développement du Dialogue et des Liens Concrets Pour approfondir le dialogue au-delà des ouvertures de Nostra Ætate, il est nécessaire de pénétrer dans la tradition juive et de la comprendre de l’intérieur, reconnaissant une vraie filiation et réalisant que la parole de salut est venue par leur intermédiaire.

Le dialogue ne se limite pas aux échanges intellectuels ou à l’analyse des textes. Les groupes locaux de l’AJCF organisent des fêtes communes, des concerts, et des partages liturgiques (par exemple, participer au Shabbat), visant à développer des relations plus ouvertes et concrètes.

Aujourd’hui, l’évolution de ces relations est symbolisée par le monument de Joshua Kaufman, Synagoga and Ecclesia in Our Time, où la Synagogue (portant la Torah) et l’Église (portant l’Évangile) se parlent comme deux sœurs, représentant un « dialogue serein ». Toutefois, comme le dit le Pape François, l’œuvre de Jules Isaac n’est pas terminée et nécessite une vigilance constante.

Jules Isaac.

Jules Isaac (décédé en janvier 1963) est reconnu comme une figure fondamentale et prophétique dans la révolution des relations judéo-chrétiennes au XXe siècle. Il est célèbre en tant que co-auteur des manuels d’histoire Malet-Isaac et était historien de profession.

Son action est qualifiée de « véritable révolution » qui a incroyablement secoué les consciences et posé les bases de l’amitié et de l’estime entre Juifs et Chrétiens.

I. Le Traumatisme de la Shoah et le Combat contre l’Enseignement du Mépris

L’engagement de Jules Isaac est profondément ancré dans le traumatisme de la Shoah, réalisée en terre chrétienne. Son action prophétique trouve son origine dans la tragédie personnelle d’avoir perdu sa femme et sa fille, Lorette et Juliette Isaac, assassinées par les Nazis à Auschwitz parce qu’elles s’appelaient Isaac.

En tant qu’historien, Isaac a mené un combat de vérité. Il a voulu revenir aux textes fondateurs, les décortiquer et les analyser pour démontrer que « l’enseignement du mépris » (qu’il considérait comme l’origine de la Shoah et de la persécution extrême) était basé sur des interprétations erronées de la Bible et du récit de la Passion. Son objectif était de renverser l’erreur et d’effacer les interprétations qui entretenaient la haine des Juifs.

L’archevêque d’Aix-en-Provence, Monseigneur D’Ornellas, a salué son travail en le décrivant comme un « génie providentiel » et un exemple pour les professeurs d’histoire cherchant à corriger tout enseignement qui produit de la haine et conduit à la barbarie, comme l’antisémitisme engendré par l’enseignement chrétien qui a mené à Auschwitz.

II. Les Œuvres Clés et l’Action Institutionnelle

Jésus et Israël Son livre fondamental, Jésus et Israël, est considéré comme l’un de ses ouvrages majeurs. La date de sa parution (dont on célèbre le 75e anniversaire) est considérée comme l’une des deux « révolutions » dans l’histoire des relations judéo-chrétiennes, la seconde étant Nostra Ætate. Ce livre est dédié à sa femme et à sa fille.

Fondation et Dialogue de Seelisberg Le choc de la Shoah a conduit à la redécouverte du lien vital entre christianisme et judaïsme lors de la rencontre de Seelisberg (Suisse alémanique) en 1947. Jules Isaac y a joué un rôle majeur, aux côtés du Grand Rabbin Jacob Kaplan, dans la publication des Dix Points de Seelisberg.

Dans la foulée de Seelisberg, Jules Isaac a cofondé l’Amitié Judéo-Chrétienne de France (AJCF) en 1948, avec le Grand Poète Edmond Fleg, le pasteur Jacques Martin, et Henri René Marrou. Les statuts et les intentions de l’AJCF, sous l’impulsion d’Isaac, sont très clairs : il n’est pas question d’essayer d’attirer l’autre vers sa propre religion (évitant ainsi la tentation du prosélytisme).

Intervention auprès du Vatican Jules Isaac fut infatigable dans son engagement. Il a compris qu’il fallait « taper à la tête » de l’Église catholique, étant donné son organisation hiérarchique.

• Il a rencontré le Pape Pie XII en 1949 pour discuter notamment de la prière du Vendredi Saint considérée comme injurieuse, où les Juifs étaient appelés « perfides » et pour laquelle on ne s’agenouillait pas, signe de mépris à l’encontre des Juifs.

• Il a rencontré le Pape Jean XXIII en 1960. Au cours de cet entretien, il a parlé au Pape de « l’enseignement du mépris », une expression qui a vivement choqué et frappé Jean XXIII.

• Jean XXIII, préoccupé par cette relation, a confié la réflexion au Cardinal Béa, que Jules Isaac a également rencontré. Durant cet entretien, Isaac a pu développer ses convictions et convaincre le Cardinal.

III. L’Héritage : L’Auteur Indirect de Nostra Ætate

Bien que Jules Isaac soit mort avant le vote de la déclaration conciliaire, il est considéré comme l’auteur indirect de Nostra Ætate (Point 4), l’un de ses Pères fondateurs. Le texte, voté en 1965, marque un tournant fondamental en affirmant notamment que le peuple juif ne peut plus être considéré comme coupable de déicide.

Le rôle d’Isaac est d’autant plus remarquable que Monseigneur Charles de Provenchères, archevêque d’Aix-en-Provence, a souligné avec stupéfaction que l’initiative d’un décret conciliaire étudié et voté par 2000 évêques provenait d’un laïc, et d’un laïc juif.

Même si un grand chemin a été parcouru, le Pape François a rappelé en 2022 que « l’œuvre de Jules Isaac n’est pas terminée » et qu’il est nécessaire de veiller à poursuivre cette tâche colossale.

L’histoire des relations entre chrétiens et juifs est profondément marquée par une distinction essentielle, quoique complexe et controversée, entre l’antijudaïsme religieux et l’antisémitisme racial et social.

Les sources établissent que l’antijudaïsme, nourri par des causes religieuses au fil des siècles, est le terreau historique à partir duquel l’antisémitisme moderne a pu prospérer.


1. L’Antijudaïsme : La Haine Religieuse

L’antijudaïsme trouve son origine dans la rupture entre le christianisme et le judaïsme et est alimenté par des raisons purement religieuses.

  • Fondement : Il s’est développé à travers un enseignement hostile des Pères de l’Église, fondé sur l’accusation de déicide et sur un mépris absolu à l’encontre des Juifs. Le judaïsme était dès lors considéré comme une religion à combattre.
  • Conséquences : Ce corpus doctrinal est ce que l’historien Jules Isaac a dénoncé comme l’« enseignement du mépris ». Historiquement, il s’est traduit par :
    • Le refus de reconnaître la validité du judaïsme.
    • Le refus de la connaissance de l’autre (ex. : l’interdiction d’enseigner le Talmud).
    • Le refus de vivre ensemble (organisation des ghettos, expulsions, conversions forcées).
    • Le rôle de bouc émissaire systématique des Juifs en cas de crise (maladies, famines).

2. L’Antisémitisme : La Haine Raciale et Sociale

L’antisémitisme, quant à lui, est une forme de haine qui s’est affirmée au XIXe siècle et dont la nature est principalement raciale et sociale.


3. Le Lien de Causalité et la Lutte Actuelle

Causalité historique

Bien qu’une distinction doive être faite, le conférencier insiste sur le fait qu’elle est « très spécieuse », car le passage de l’un à l’autre s’est fait naturellement.

  • C’est dans l’antijudaïsme religieux que sont nés et ont prospéré tous les préjugés antisémites (préjugés de race, de richesse, de volonté de domination mondiale, etc.).
  • L’« enseignement du mépris » est ainsi considéré comme le terreau qui a rendu possible la Shoah et la persécution extrême au XXe siècle.
  • Le problème persiste aujourd’hui à travers l’antisémitisme passif, presque inconscient, où les esprits restent imprégnés de ces préjugés millénaires sur les Juifs (richesse, pouvoir, intelligence).

La lutte moderne

Le dialogue actuel, fortement influencé par Jules Isaac et la déclaration conciliaire Nostra Ætate (1965), vise à déconstruire les deux formes de haine :

  • Antijudaïsme : Il est considéré comme l’affaire des Chrétiens, car il est né de leur propre histoire religieuse. La lutte passe par un travail théologique et une révision des textes pour éliminer les interprétations erronées.
  • Antisémitisme : Il est l’affaire de la société tout entière et nécessite un engagement civique, y compris des actions pour la mémoire (commémorations de la Shoah) et la condamnation de toute forme de haine.

L’objectif, réaffirmé par le Pape François en 2016, est le « non à toute forme d’antisémitisme, et condamnation de toute injure, discrimination, persécution qui en découle ».

Déclaration Nostra Ætate.

La Déclaration Nostra Ætate (plus précisément le Point 4 de cette déclaration), votée en 1965 durant le Concile Vatican II, est qualifiée de « deuxième révolution » et de « tournant fondamental » dans l’histoire de l’Église catholique et dans les relations judéo-chrétiennes.

I. La Genèse de la Déclaration

L’initiative de la Déclaration Nostra Ætate est intimement liée à l’action de l’historien juif Jules Isaac, co-auteur des manuels Malet-Isaac.

L’Impulsion de Jean XXIII La décision de lancer une réflexion sur les relations avec le judaïsme fut prise par le Pape Jean XXIII lui-même. Jean XXIII était profondément préoccupé par cette relation, ayant personnellement organisé le sauvetage de milliers de Juifs des Balkans, de Grèce et de Bulgarie durant la Seconde Guerre mondiale.

Le Rôle Prophétique de Jules Isaac En 1960, Jean XXIII reçut l’historien Jules Isaac. Au cours de cet entretien, Isaac parla au Pape de « l’enseignement du mépris », une expression qui a vivement frappé et choqué Jean XXIII. Le Pape confia alors le projet au Cardinal Béa.

Isaac rencontra également le Cardinal Béa, développant ses convictions et parvenant à le convaincre, un Béa qui était déjà « largement convaincu » en réalité. Bien que Jules Isaac soit mort en janvier 1963, avant le vote du texte conciliaire, il est considéré comme « l’auteur indirect de Nostra Ætate » et l’un de ses Pères fondateurs.

Monseigneur Charles de Provenchères, archevêque d’Aix-en-Provence, a exprimé sa stupéfaction que l’initiative d’un décret conciliaire, étudié et voté par 2 000 évêques, provienne « d’un laïc, et d’un laïc juif ».

II. Les Apports Théologiques et la Rupture avec l’Antijudaïsme

Nostra Ætate (en particulier son Point 4) a marqué une rupture définitive avec des siècles de doctrine hostile en définissant théologiquement, pour la première fois de façon explicite, les relations de l’Église catholique avec le judaïsme.

Les points fondamentaux établis par le texte sont :

1. L’abandon de l’accusation de déicide : Le peuple juif ne peut plus être considéré comme coupable de déicide.

2. Reconnaissance du lien fort : Le texte reconnaît un lien fort entre christianisme et judaïsme. Il est souvent souligné, avec étonnement, qu’il a fallu deux millénaires pour que l’Église reconnaisse que Jésus, les Apôtres, et tous ses disciples étaient Juifs, et que Jésus était le fils d’une mère juive.

3. Redécouverte des racines : La Déclaration a tracé la route, affirmant un « oui à la redécouverte des racines juives du christianisme ».

L’Église n’avait, jusqu’alors, jamais produit de document doctrinal sur le judaïsme.

III. Les Oppositions et les Difficultés

Le processus d’adoption de Nostra Ætate fut ardu, rencontrant de nombreuses et vives oppositions. Le texte fut d’abord rejeté en juin 1962 par la commission préparatoire, puis réintroduit sous la pression du Saint-Père et annexé au texte sur l’œcuménisme.

Les oppositions venaient de divers horizons :

Motivations Diplomatiques : Les Églises chrétiennes du Moyen-Orient craignaient des conséquences négatives pour elles dans le contexte tendu de la Terre Sainte et de leurs relations complexes avec le jeune État d’Israël et le monde musulman.

Résistance Catholique Traditionnelle : Une partie du monde catholique restait sur des positions de défiance nourries par l’antijudaïsme hérité, se demandant comment dépasser la doctrine établie pendant des siècles par les Pères de l’Église.

Integrisme et Conspiration : Des traditionalistes, y compris Monseigneur Lefebvre, répandaient des pamphlets contre ce texte, soulignant le caractère « maudit et nuisible du peuple déicide ». D’autres diffusaient l’idée que le texte était l’œuvre de la « main des Juifs », qui contrôleraient le Concile, y compris le Cardinal Béa.

Pour atténuer certaines oppositions, le choix final fut d’élargir le sujet aux autres religions non chrétiennes (religions orientales et Islam).

IV. L’Héritage et la Poursuite de l’Œuvre

Même si beaucoup reconnaissent les limites de Nostra Ætate, le texte a ouvert une voie et libéré des initiatives dans les Églises locales.

L’Approfondissement Doctrinal Nostra Ætate a été complété par d’autres textes, comme les Orientation et suggestions pour l’application de la déclaration conciliaire Nostra Ætate publié par le Pape Paul VI en 1974, qui condamne l’antisémitisme comme étant opposé à l’esprit même du christianisme.

Le Pape Jean-Paul II a continué dans cette voie, notamment en reconnaissant en 1980 la validité actuelle de l’Alliance de Dieu avec le peuple d’Israël qui « n’a jamais été révoquée ».

Le Pape François a réaffirmé en 2016 que le Concile, avec Nostra Ætate, a tracé la route : « oui à la redécouverte des racines juives du christianisme, non à toute forme d’antisémitisme, et condamnation de toute injure, discrimination, persécution qui en découle ».

Le Travail Inachevé Des théologiens comme Michel Remond ont souligné que s’arrêter à Nostra Ætate serait insuffisant ; il faut « creuser, approfondir » et pénétrer la tradition juive pour reconnaître une vraie filiation et ne pas se contenter d’un simple lien généalogique.

Malgré les avancées, le dialogue reste exigeant, et le Pape François a récemment rappelé que « l’œuvre de Jules Isaac n’est pas terminée », nécessitant une vigilance constante pour poursuivre cette « tâche colossale ».

Dialogue interreligieux.

Le dialogue interreligieux, tel qu’il est abordé dans les sources, se concentre principalement sur l’évolution complexe et historique du dialogue judéo-chrétien et sa distinction en tant que relation « intrafamiliale ». Ce dialogue est né d’une volonté de dépasser deux millénaires de haine, de méfiance, de persécution et de malentendus.

I. La Nature Particulière du Dialogue Judéo-Chrétien

Une Relation Intrafamiliale Le dialogue entre Juifs et Chrétiens est considéré par le Pape Jean-Paul II, lors de sa visite à la Synagogue de Rome en 1986, comme étant intrinsèque à la religion chrétienne. Par conséquent, les relations judéo-chrétiennes ne relèvent pas des relations interreligieuses, mais plutôt de relations intrafamiliales.

Cette nature intrafamiliale implique une vérité fondamentale pour les Chrétiens : sans le judaïsme et le Premier Testament (Ancien Testament), ils ne comprennent rien à leur propre foi. Par exemple, la prière du Notre Père et l’Eucharistie (la Cène) sont des pratiques juives.

L’Asymétrie du Dialogue Le dialogue est souvent asymétrique. Les Chrétiens ont un grand intérêt pour le judaïsme, car ils ne peuvent pas se passer des Juifs ou du judaïsme. En revanche, les Juifs peuvent très bien se passer du christianisme, d’autant plus que le christianisme leur a historiquement apporté tant de misère.

II. Les Fondements du Dialogue : De Jules Isaac à Nostra Ætate

Le dialogue moderne a été lancé par une véritable révolution suite au traumatisme de la Shoah, réalisée en terre chrétienne.

Le Rôle de Jules Isaac et de l’AJCF L’action prophétique de l’historien Jules Isaac fut essentielle, car il dénonça « l’enseignement du mépris » et l’interprétation erronée des textes qui entretenait la haine des Juifs.

Dans la foulée de la déclaration de Seelisberg (1947), où Jules Isaac et le Grand Rabbin Jacob Kaplan ont joué un rôle majeur, l’Amitié Judéo-Chrétienne de France (AJCF) fut fondée en 1948. L’AJCF joue un rôle majeur dans la connaissance mutuelle.

Le Rejet du Prosélytisme L’une des conditions fondamentales du dialogue, selon les intentions claires de l’AJCF, est que le prosélytisme n’est pas un dialogue. Il n’est pas question d’essayer d’attirer l’autre vers sa propre religion.

Le prosélytisme représente la plus grande méfiance ou peur chez les Juifs en raison de l’histoire des conversions forcées et des persécutions violentes ou subtiles (comme l’affaire Alphonse Ratisbonne). L’inquiétude subsiste face au risque de conversion ou de mariages mixtes, surtout parmi les jeunes, nécessitant une grande prudence de la part des organisateurs chrétiens.

Nostra Ætate et l’Ouverture de la Voie La déclaration conciliaire Nostra Ætate (1965), dont Jules Isaac est considéré comme l’auteur indirect, a marqué un tournant fondamental. Elle a défini théologiquement les relations et a tracé la route pour le dialogue. Le Pape François a rappelé en 2016 que cette déclaration signifie : « oui à la redécouverte des racines juives du christianisme, non à toute forme d’antisémitisme, et condamnation de toute injure, discrimination, persécution qui en découle ».

Le choix final, pour atténuer les oppositions lors du Concile Vatican II, fut d’élargir le sujet aux autres religions non chrétiennes, introduisant des passages sur les religions orientales et l’Islam.

III. Les Modalités et les Défis du Dialogue

Des Actions Concrètes et Locales Le dialogue judéo-chrétien ne doit pas se limiter aux échanges intellectuels ou à l’analyse de textes. Les associations comme l’AJCF s’efforcent d’organiser des relations plus ouvertes et concrètes. Cela inclut :

• L’organisation de fêtes communes, de concerts, et de partages de repas.

• Des partages liturgiques, comme la participation au Shabbat.

L’Approfondissement et les Instruments de Travail Pour aller au-delà du simple lien généalogique reconnu par Nostra Ætate, il est nécessaire, selon le théologien Michel Remond, de « creuser, approfondir » et de pénétrer dans la tradition juive pour la comprendre de l’intérieur et reconnaître une vraie filiation.

Aujourd’hui, l’approfondissement se fait à travers la création de centres d’études juives dans des universités catholiques et la publication d’instruments de travail pour les communautés locales, tels qu’un vade-mecum pour expliquer aux Chrétiens comment dialoguer avec les Juifs.

Les Crispations et la Vigilance Le dialogue est exigeant et fait face à des crises récurrentes (par exemple, l’affaire du Carmel d’Auschwitz, la béatification controversée de Pie XII, ou une catéchèse maladroite du Pape François sur l’Épître de Paul aux Galates). L’inquiétude des Juifs est normale, car on ne peut pas rayer d’un trait de plume deux millénaires de haine et de persécution.

Le travail se poursuit sur trois plans pour garantir un dialogue sain :

1. Théologique : Connaissance des textes pour répondre aux interprétations erronées.

2. Historique : Examen rigoureux des faits (comme le rôle de Pie XII) et des textes des Pères de l’Église, dont certains sont épouvantables.

3. Citoyen : Occuper l’espace public, multiplier les contacts avec les pouvoirs publics, et œuvrer pour les commémorations, notamment face à la disparition des témoins de la Shoah.

IV. Autres Initiatives Interreligieuses

Bien que les sources soient centrées sur le dialogue judéo-chrétien, elles mentionnent l’implication dans des cadres interreligieux plus larges :

• Le locuteur est très impliqué dans le dialogue interreligieux à travers la Communauté de Sant’Egidio, qui organise chaque année un grand rassemblement interreligieux (le prochain étant prévu à Berlin).

• Le Pape François a insisté sur la condamnation de l’antisémitisme tout en reconnaissant les racines juives du christianisme dans le cadre du chemin tracé par Nostra Ætate, qui inclut également l’Islam et les religions orientales.

• Le dialogue s’exprime aussi par l’action conjointe, comme l’ont demandé des intellectuels juifs tels qu’Henri Bergson à Emmanuel Mounier en 1933, de ne pas laisser les Juifs seuls face au mal absolu (comme le nazisme).

Malgré les progrès, le Pape François a récemment rappelé que « l’œuvre de Jules Isaac n’est pas terminée » et qu’il faut veiller à poursuivre cette tâche colossale.

Lien vidéo de la conférence : https://www.youtube.com/watch?v=6AzR5OMtqMU

Regards d’historiens sur le Coran

https://www.youtube.com/watch?v=vq_id9Ym4o4

Cette conférence qui aura lieu le mercredi  29 mars 2023 à 20h30 à la Salle des Fêtes de la Mairie de Saint Mandé.

Le sujet traité par M. Mohammad Ali Amir-Moezzi, islamologue, historien et membre de l’académie ambrosienne est :

Regards d’historiens  sur le Coran

La conférence sera suivie de questions et du verre de l’amitié.

Conférence du 29 mars 2023 à Saint-Mandé

La Laïcité dans la France contemporaine

La prochaine conférence aura lieu le mercredi 11 janvier à 20h30 à La mairie de Saint Mandé dans la salle des conférences.
Nous inviterons M. Philippe Portier Directeur d’études à l’EPHE, spécialiste des laïcités, titulaire de la chaire Histoire et sociologie des laïcités à l’École Pratique des Hautes –EPHE.
La conférence traitera de la Laïcité dans la France contemporaine.

 Racisme et antisémitisme dans les religions

Cette première conférence de l’année 2022-2023 aura lieu le 23 novembre à 20h30 à la salle des fêtes de la mairie de Saint-Mandé avec comme conférencier Jean-Christophe Attias, historien et philosophe du judaïsme, directeur d’études à l’École pratique des hautes études, Sorbonne, chaire de « Pensée juive médiévale – (VIe-XVIIe siècles) »

https://www.youtube.com/watch?v=f5tuHxHgbwI
Vidéo de la conférence du 23 novembre 2022 : racisme et antisémitisme dans les religions

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Racisme et antisémitisme dans les religions
Conférence du 23 novembre 2022 : racisme et antisémitisme dans les religions

Les femmes dans les religions monothéistes : le catholicisme

Le thème de l’année est « Les femmes dans les religions monothéistes ».

Affiche conférence Anne Soupa

Résumé de la conférence et article Cordoba.

Anne Soupa, une figure militante du catholicisme, qui discute de la place et de l’évolution du rôle des femmes dans l’Église catholique contemporaine. Le cœur de la discussion porte sur l’attitude du Pape François face aux réformes, notant qu’il est souvent entravé par un clan conservateur qui brandit la menace du schisme, notamment sur la question des femmes. Soupa critique la lenteur des avancées, qu’elle juge « dérisoire, » et analyse les interprétations historiques des Écritures, notamment la Genèse, soulignant des erreurs qui ont conduit à l’assignation de la femme à un rôle d’« aide » et à l’invisibilité dans la prise de décision. De plus, elle dénonce fermement l’attitude du Pape Jean-Paul II, qui a fait reculer la cause des femmes en verrouillant le débat sur l’ordination et en soutenant un différentialisme qui justifie l’inégalité. Finalement, Soupa appelle à l’égalité et au développement de la fraternité dans l’Église, soulignant que sans une ouverture aux femmes, l’institution risque de disparaître.

Anne Soupa est une figure éminente et militante au sein du catholicisme contemporain, connue pour ses positions fermes en faveur de l’égalité et de la visibilité des femmes dans l’Église.

Voici une discussion de son profil et de ses contributions, basées sur les sources fournies :

Identité et Engagement Public

Anne Soupa est présentée comme une essayiste, journaliste, théologienne et personnalité militante. Elle est une figure catholique qui succède à la génération des catholiques progressistes des années 1970 à 1990, tout en se positionnant légèrement différemment, car elle n’appartient pas à cette génération et arrive après elle. Elle espère néanmoins profiter des « portes » que cette génération a ouvertes.

Elle est particulièrement reconnue par le grand public pour avoir déposé sa candidature à la fonction d’archevêque de Lyon, primat des Gaules en 2020, pour succéder au Cardinal Barbarin. Son action est rendue plus efficace par ses nombreux ouvrages, qu’ils soient militants ou historiques, visant à provoquer un véritable éveil des consciences face à l’invisibilité des femmes dans l’Église catholique.

Elle milite activement par le biais d’associations, étant notamment impliquée dans le Comité de la Jupe et l’association Toutes Apôtres.

Analyse de la Crise Institutionnelle et du Rôle des Femmes

Anne Soupa analyse la situation de l’Église catholique en 2022 comme étant marquée par un cléricalisme structurel.

Le Problème de la Juridiction et de l’Ordination

Pour Anne Soupa, le cœur du problème institutionnel réside dans la juxtaposition de la fonction d’ordre (le sacerdoce) et de la fonction de gouvernement (la juridiction), une situation établie depuis la réforme grégorienne (XIe-XIIe siècle). En conséquence, toutes les responsabilités de gouvernement, d’enseignement et de sanctification (les tria munera) sont confiées exclusivement aux prêtres et aux clercs.

Elle considère cette situation comme une cause d’appauvrissement de l’Église catholique en forces humaines. Les diocèses sont mal gérés en raison d’un vivier de recrutement (les candidats à la prêtrise, environ 100 par an) beaucoup trop faible pour gouverner efficacement, une responsabilité qu’elle compare à celle d’un préfet ajoutée à une responsabilité spirituelle.

Bien que le Comité de la Jupe demande l’égalité, Anne Soupa ne croit pas opportun d’ordonner des femmes en ce moment. Elle estime que le ministère ordonné est dans une crise si profonde qu’y intégrer des femmes exposerait ces dernières à des difficultés, notamment à cause d’un droit canon mal conçu. Elle critique spécifiquement l’article 1008 du droit canon qui stipule que le ministère ordonné est d’« institution divine », ce qu’elle qualifie de « folie » et de décision prise par des hommes.

Elle estime qu’une solution pour l’avenir passe par la déconnexion de l’ordre et de la juridiction.

Critique de la Papauté et du Conservatisme

1. Jean Paul II : Le Recul de la Cause des Femmes Anne Soupa soutient que la cause des femmes a beaucoup reculé sous Jean Paul II. Elle lui attribue notamment la pression qui a conduit à la promulgation de l’encyclique Humanae Vitae (1968), interdisant la contraception, ce qui a été un facteur important du départ de nombreuses femmes de l’Église. Jean Paul II s’est opposé au mouvement émancipateur des femmes des années 70-90. Contrairement aux États qui affirmaient que les droits dérivent du fait d’être un être humain, le Vatican, sous Jean Paul II, a répondu que les droits dépendent du sexe. Elle dénonce en particulier l’exhortation apostolique Ordinatio Sacerdotalis (1994) qui stipule que l’Église n’a « en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes », affirmant ainsi que c’est la volonté de Dieu, ce qu’elle considère comme de la « manipulation » et de l’« instrumentalisation ». La conséquence directe fut l’interdiction du débat public sur l’ordination des femmes. Elle critique le différentialisme promu par Jean Paul II, qui assigne aux femmes une vocation spécifique (l’aide, le mariage et la vie parentale), alors que l’homme, lui, est libre et sans vocation assignée. Elle rejette ce différentialisme, le jugeant insupportable au XXIe siècle car il a des vices cachés et justifie l’inégalité (comparant son usage à celui de la ségrégation aux États-Unis).

2. Pape François : Un Pape Entravé Elle estime que le Pape François est empêché de réaliser tout ce qu’il voudrait faire par une large frange conservatrice au sein de la haute hiérarchie, particulièrement un « clan conservateur essentiellement américain » qui agite la menace d’un schisme. La question des femmes est la question clivante par excellence dans ce contexte, et les femmes sont « prises en otage ». Bien qu’elle reconnaisse que François a nommé quelques femmes à des postes de responsabilité, dont une avec droit de vote au synode, elle juge ces avancées « dérisoires » compte tenu du nombre (environ 5 000 décideurs dans l’Église).

Réinterprétations Doctrinales et Évangéliques

Anne Soupa milite pour une nouvelle lecture des textes fondateurs, libérée des interprétations juridiques rigides :

Le Mythe d’Adam et Ève : Elle dénonce l’« entourloupe » qui a fait oublier qu’« Adam » signifie l’être humain (l’adam) dans le récit de Genèse 2. L’interprétation qui fait de l’homme le premier créé est une erreur massive qui a marqué le monde catholique pendant deux mille ans. Si Adam est l’être humain, l’« aide » que Dieu lui fait est mutuelle. De plus, elle souligne que le mot traduit par « côte » (d’Adam) signifie aussi « côté », comme les deux côtés de l’Arche d’Alliance, plaçant le couple sur un pied d’égalité.

Jésus et les Femmes : Elle souligne que Jésus est un modèle, car il n’a jamais fait « acceptions de sexe de genre » et a considéré les femmes comme des êtres humains à part entière. Elle affirme que Jésus « a inventé les droits de l’homme en inventant les droits des femmes ».

Critique des Figures Féminines Déformées : Elle dénonce la manière dont l’Église a appauvri les figures féminines majeures :

    ◦ Marie de Magdala : Le sort qui lui a été donné est l’« outrage maximal » fait aux femmes. Elle est le premier témoin de la Résurrection (apostola apostolorum) et une figure éminente de l’Église, ayant fait le travail de passer du corps de chair au corps spirituel. Jusqu’au XIVe-XVe siècle, des vitraux la représentaient en train de prêcher, marquant un « sacré recul » de la place des femmes aujourd’hui.

    ◦ Marie (la Mère de Jésus) : L’Église a rendu sa figure silencieuse, méditative et l’a appauvrie, oubliant que le Magnificat qu’elle prononce est l’un des textes les plus subversifs de l’Évangile.

    ◦ La Samaritaine : L’Église a transformé cette figure théologique majeure, qui discutait avec Jésus des cinq dieux (maris) importés par les Assyriens, en une simple « femme de mauvaise vie » et d’adultère.

Espérance et Stratégie de Changement

Anne Soupa est désespérée par la non-évolution de l’Église institutionnelle. Elle exprime l’idée que si l’Église catholique ne s’ouvre pas aux femmes, elle disparaîtra ou deviendra une « petite secte ».

Son espérance réside dans les femmes et les hommes qui agissent. Puisque l’Église ne voudra « jamais changer », la seule méthode efficace est le témoignage et la preuve par l’exemple. Les femmes et les fidèles doivent prendre des initiatives pour se rendre nécessaires, par exemple en créant des initiatives et des communautés vivantes.

Elle attend également une évolution sociétale où la non-discrimination des sexes et les droits humains prendront le pas sur la liberté religieuse, estimant qu’il deviendra intolérable que les droits de l’homme ne s’appliquent pas dans les religions.

Enfin, elle déplore que l’institution catholique ait choisi la paternité (la structure verticale et pyramidale) au détriment de la fraternité, qui est pourtant le message central de l’Évangile. L’avenir du catholicisme passe par le développement de relations fraternelles et de l’horizontalité.

Femmes dans l’Église.

La discussion sur les « Femmes dans l’Église », telle qu’elle est menée par Anne Soupa, se concentre sur une critique acerbe du cléricalisme structurel et sur l’urgence d’une refonte théologique et institutionnelle pour que l’Église catholique puisse survivre à l’ère de la non-discrimination.

Anne Soupa, essayiste, journaliste et militante, cherche à provoquer un éveil des consciences devant l’invisibilité des femmes dans l’Église catholique par son action (notamment sa candidature symbolique à l’archevêché de Lyon en 2020) et ses ouvrages.

Voici les points essentiels de sa discussion concernant les femmes dans l’Église :

1. La Crise Structurelle et le Problème du Cléricalisme

Anne Soupa diagnostique que le catholicisme de 2022 est marqué par un cléricalisme structurel. Le nœud du problème remonte à la réforme grégorienne (XIe-XIIe siècle) qui a établi une juxtaposition de la fonction d’ordre (sacerdoce) et de la fonction de gouvernement (juridiction).

L’Appauvrissement des Forces Vives: Cette fusion des pouvoirs fait que toutes les responsabilités majeures (gouvernement, enseignement, sanctification — les tria munera) sont confiées exclusivement aux prêtres et aux clercs. Ce mode de recrutement, basé sur un vivier annuel de seulement une centaine de candidats à la prêtrise, est beaucoup trop faible pour gouverner efficacement un diocèse, menant à l’appauvrissement de l’Église catholique en force humaine.

La Non-Pertinence de l’Ordination Actuelle: Bien que l’association Comité de la Jupe demande l’égalité, Soupa juge qu’il n’est pas opportun d’ordonner des femmes en ce moment. Elle estime que le ministère ordonné est dans une crise si profonde et que le droit canon est « mal fichu » (notamment l’article 1008 qui affirme, selon elle de manière « folle », que le ministère ordonné est d’institution divine). La solution passe par la déconnexion de l’ordre et de la juridiction.

2. Le Rôle des Papes et la Question des Droits

Soupa analyse l’évolution de la place des femmes à travers les actions et les doctrines papales, soulignant que l’institution a fait le choix de la paternité (structure verticale) au détriment de la fraternité (horizontalité).

Jean-Paul II : Le Recul de l’Égalité

Anne Soupa soutient que la cause des femmes a beaucoup reculé avec Jean-Paul II.

Discrimination Basée sur le Sexe: Contre le mouvement mondial affirmant que les droits découlent du fait d’être un être humain, le Vatican, sous Jean-Paul II, a affirmé que les droits dépendent du sexe.

Interdiction du Débat: En 1994, Jean-Paul II a publié Ordinatio Sacerdotalis affirmant que l’Église « n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes », attribuant cette position à la volonté de Dieu. Soupa qualifie cela de « manipulation » et d’« instrumentalisation ». Cette déclaration a eu pour conséquence d’interdire le débat public sur la question de l’ordination.

Le Différentialisme: Jean-Paul II a soutenu un différentialisme qui assigne aux femmes une vocation spécifique, définie comme l’aide, le mariage et la vie parentale, tandis que l’homme est libre et sans vocation assignée. Soupa récuse fortement ce différentialisme car il a des vices cachés qui justifient l’inégalité.

Le Pape François : L’Empêchement

Le Pape François, bien qu’ayant l’intention de confier des responsabilités aux femmes au titre de leur baptême, est empêché par une grande frange conservatrice au sein de la haute hiérarchie, notamment un « clan conservateur essentiellement américain ».

Les Femmes Prises en Otage: La question des femmes est la « question clivante par excellence » utilisée pour agiter la menace d’un schisme.

Avancées Dérisoires: Bien que François ait nommé quelques femmes à des postes de responsabilité, dont une avec droit de vote au synode, Soupa juge ces avancées « dérisoires » face aux quelque cinq mille décideurs que compte l’Église.

3. La Réhabilitation des Figures et des Textes Évangéliques

Soupa insiste sur le fait que l’Église catholique a créé des bifurcations par rapport au récit fondateur et a maltraitées les femmes des Évangiles.

L’Erreur d’Adam: La tradition catholique a commis une « entourloupe » en interprétant « Adam » comme l’homme (mâle) au lieu de l’être humain (l’adam). Le récit originel de Genèse 2 montrerait une création simultanée et une aide mutuelle. De plus, le mot traduit par « côte » (d’Adam) signifie aussi « côté », comme les côtés de l’Arche d’Alliance, suggérant un couple sur un pied d’égalité.

Jésus, Champion de l’Égalité: Jésus n’a jamais fait « acceptions de sexe de genre » et a considéré les femmes comme des êtres humains à part entière. Elle affirme que Jésus a « inventé les droits de l’homme en inventant les droits des femmes ».

L’Outrage à Marie de Magdala: Le sort donné à Marie de Magdala est l’« outrage maximal fait aux femmes ». Elle est le premier témoin de la résurrection (apostola apostolorum), pourtant sa figure a été effacée et appauvrie, alors qu’elle a accompli le travail symbolique de passer du corps de chair au corps spirituel. Jusqu’au XIVe-XVe siècle, des vitraux la représentaient en train de prêcher, marquant un « sacré recul » de la place des femmes aujourd’hui.

Marie et la Samaritaine: L’Église a appauvri la figure de Marie, rendant son Magnificat (un texte subversif) silencieux et méditatif. La Samaritaine a été transformée en « femme de mauvaise vie », ignorant que les « cinq maris » étaient en réalité des dieux symboliques apportés par les Assyriens, démontrant ainsi un dialogue théologique de haut niveau entre elle et Jésus.

4. L’Espérance et la Stratégie d’Avenir

Soupa est « désespérée par la non-évolution » de l’Église institutionnelle. Elle prédit que si l’Église ne s’ouvre pas aux femmes, elle disparaîtra ou deviendra une « petite secte », car la société n’accepte plus la non-discrimination.

Le Témoignage comme Moteur de Changement: Puisque l’Église ne voudra « jamais changer » d’elle-même, la seule méthode efficace est que les femmes (et les hommes) agissent par le témoignage et la preuve par l’exemple. Les femmes doivent prendre des initiatives pour se rendre nécessaires.

La Primauté des Droits Humains: Elle place son espérance dans l’évolution sociétale, où la question de la non-discrimination des sexes et l’égalité des droits humains finiront par se heurter à la liberté religieuse. Elle anticipe le jour où il sera « intolérable que les droits de l’homme ne s’appliquent pas dans les églises ». L’ONU aurait déjà demandé que les droits humains soient placés au-dessus de la liberté religieuse.

Récits bibliques interprétation.

Le thème de l’interprétation des récits bibliques est central dans les analyses d’Anne Soupa, particulièrement en ce qui concerne la place des femmesLe thème de l’interprétation des récits bibliques est central dans les analyses d’Anne Soupa, particulièrement en ce qui concerne la place des femmes dans l’Église catholique. Elle soutient que l’institution a délibérément déformé ou rigidifié des textes originellement symboliques et égalitaires, ce qui a conduit à l’établissement d’un système cléricaliste et patriarcal.

Voici les principaux points de la discussion sur l’interprétation des récits bibliques, tels qu’abordés dans les sources :

1. La Nature des Récits Fondateurs et la Faute du Créationnisme

Anne Soupa insiste sur le caractère unique des récits de commencement, notamment Genèse 2 :

Récits sans Témoins et Héritage: Les récits de la création de l’homme et de la femme sont des récits sans témoins. Ils témoignent non pas d’une histoire factuelle, mais de la manière dont les rédacteurs se sont représenté le monde et son origine. Elle qualifie les premiers parents d’héritiers, car on leur fait porter « toutes les visions du monde qu’on a » en accumulant sur eux l’histoire des siècles.

Hautement Symbolique: Ces récits sont de type archétypal. Le respect que nous leur portons doit être « majoré ». Soupa considère le créationnisme américain comme une « faute majeure contre l’esprit » parce qu’il ignore que ces récits sont hautement symboliques. Leur puissance réside dans leur capacité à fédérer et à connecter l’assemblée écoutante aux origines.

2. Les Bifurcations et Distorsions Catholiques

Anne Soupa dénonce plusieurs « entourloupes » et « bifurcations » de l’Église catholique par rapport au récit fondateur :

A. Le Concept d’Adam et l’Égalité du Couple

L’Erreur d’Identification: L’interprétation dominante dans le monde catholique a été que « Adam » est l’homme (mâle), et non l’« être humain ». Il y a eu une « entourloupe » qui a conduit l’Église à vivre pendant 2000 ans sur cette interprétation erronée, bien que le monde juif ait semblé en être préservé.

Création Simultanée: L’interprétation juste, selon Soupa, est qu’Adam est l’être humain. Le récit originel suggère une création simultanée (ou une coupe en deux de l’être humain) et non une création séquentielle.

L’Aide Mutuelle: Si Adam est l’être humain, alors l’« aide » que Dieu lui crée est mutuelle. Cependant, l’Église catholique (notamment sous Jean-Paul II) a insisté sur le fait que l’aide est avant tout la femme, définissant ainsi sa vocation comme l’aide, le mariage et la vie parentale.

La Côte/Le Côté : Le mot hébreu traduit par « côte » signifie aussi « côté ». Dans ce sens, le couple serait sur un pied d’égalité, comme les deux côtés de l’Arche d’Alliance, faisant du couple une image de l’Arche. L’interprétation en « 32ème de l’homme » (la côte) est jugée déshonorante pour la femme.

B. Le Péché Originel et le Fratricide

L’Interdit et la Désobéissance: Le récit de Genèse 2 pose un interdit (l’arbre de la connaissance du bien et du mal). Le couple a désobéi, mais le mot de « péché » n’est pas prononcé dans ce récit.

Le Fratricide, Premier Péché: Le mot « péché » n’apparaît qu’au chapitre 4, lors du fratricide (Caïn et Abel). Le premier péché de l’humanité est donc le fratricide.

Bifurcation Théologique: La tradition catholique a été « tellement forte » sur la désobéissance du jardin qu’elle a construit toute une théologie de la rédemption basée là-dessus, tandis qu’elle a été « extrêmement discrète sur le fratricide ». Cette discrétion s’expliquerait par le fait que l’Église était alors engagée dans un système temporel où elle « faisait la guerre » et était devenue « très vite excluante ».

3. La Maltraitance des Figures Féminines Évangéliques

L’interprétation ecclésiale a « maltraité » les figures féminines dans les Évangiles, les appauvrissant et les déformant :

Marie de Magdala : Son sort est l’« outrage maximal fait aux femmes ». Premier témoin de la résurrection (apostola apostolorum), elle accomplit le travail de passer « du corps de chair au corps spirituel ». Elle devrait être une figure éminente justifiant la place des femmes aujourd’hui. Pourtant, son rôle a été largement effacé, alors que jusqu’aux XIVe-XVe siècles, des vitraux la représentaient en train de prêcher.

Marie, Mère de Jésus : L’Église a imposé un appauvrissement de sa figure, la rendant silencieuse et méditative. Le Magnificat qu’elle prononce est pourtant un des textes les plus subversifs de l’Évangile, mais les prédicateurs ont préféré dire que Marie « méditait toutes ces choses dans son cœur en silence ».

La Samaritaine : Elle est un exemple de l’interprétation la plus erronée. Elle a été transformée en « femme de mauvaise vie qui avait cinq maris ». Or, les cinq maris sont des dieux symboliques apportés par les Assyriens, comme l’atteste le livre des Rois. Sa conversation avec Jésus était une discussion théologique de haut niveau sur l’« eau vive » (le désir de Dieu), et non sur l’adultère.

4. L’Espoir dans l’Exégèse Féminine

Face à cette « faute » d’interprétation, Anne Soupa se réjouit que des femmes biblistes travaillent aujourd’hui les Écritures pour « rétablir un peu les choses ».

Elle cite l’exemple d’une exégète femme qui a sorti l’interprétation correcte de la Samaritaine du « double » où elle était enfermée. Elle mentionne Imtraut Fischer qui réhabilite la figure de Sarah en position d’Israël malmené, dans sa dimension symbolique. C’est une « chance » qu’aujourd’hui la Bible soit interprétée par des hommes et des femmes pour corriger les lectures anciennes.

Jean Paul II.

Silencieusement, je me prépare à discuter de la figure de Jean-Paul II (Pape de 1978 à 2005) à travers le prisme de son attitude et de ses décisions concernant la place des femmes dans l’Église, tel qu’analysé par Anne Soupa.

Le pontificat de Jean-Paul II est considéré comme un recul majeur pour la cause des femmes dans l’Église catholique.

Voici une discussion détaillée de ses actions et de leur impact, selon les sources :

1. Restriction de l’Autonomie des Femmes et Opposition à l’Émancipation

Jean-Paul II est accusé d’avoir fait prendre à l’Église un tournant opposé à l’émancipation des femmes.

Interdiction de la Contraception : Jean-Paul II aurait insisté auprès de Paul VI pour que l’encyclique Humanae Vitae (publiée en 1968, mais que les sources situent autour de 1969 pour les conséquences) soit promulguée, interdisant la contraception. Il a pris cette position contre l’avis de la commission spécialisée que Paul VI avait réunie.

    ◦ Les sociologues et les historiens considèrent cette décision comme un facteur considérable du départ des femmes de l’Église, marquant une rupture très nette et heurtant de nombreux couples.

Droits Dépendants du Sexe : Dans le contexte des grandes conférences des Nations Unies sur les femmes (culminant à Pékin en 1995), Jean-Paul II s’est opposé à la vision universelle. Alors que la quasi-totalité des États affirmaient que les droits dérivent du fait d’être un être humain, le Vatican (avec quelques pays dictatoriaux) a répondu que les droits dépendent du sexe. Anne Soupa souligne l’énormité de cet écart fondamental.

2. Le Verrouillage Doctrinal et l’Interdiction du Débat

Jean-Paul II a mis en place des mesures autoritaires qui ont bloqué toute discussion sur l’évolution du rôle des femmes :

Ordinatio Sacerdotalis (1994) : Il a publié cette exhortation apostolique un an avant la conférence de Pékin. Contrairement à son prédécesseur, qui disait manquer d’éléments pour prendre position sur l’ordination des femmes, Jean-Paul II a déclaré :

   « L’Église n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes ».

    ◦ Il a affirmé que « cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles ».

    ◦ En affirmant que l’Église n’a pas le pouvoir, il « fait parler Dieu » et présente sa position comme la volonté divine. Anne Soupa qualifie cela de « manipulation » et d’« instrumentalisation ».

Interdiction du Débat Public : La conséquence la plus grave de ce texte fut que le sujet ne justifiait pas le débat, menant à l’interdiction du débat public sur l’ordination des femmes. Ce verrouillage rend difficile de revenir sur la question, et les évêques qui prennent position en faveur de l’ordination sont l’objet de mises à l’écart.

3. Le Différentialisme et la Restreinte des Libertés

Jean-Paul II a promu une idéologie de la différence sexuelle (différentialisme) qui, selon Anne Soupa, avait des vices cachés menant à l’inégalité. Il a séduit les femmes en les mettant dans une « cage dorée », mais en restreignant leur liberté.

L’Assignation Vocationnelle : Dans sa Lettre aux femmes (1995), Jean-Paul II soutient que la femme a une vocation spécifique : l’aide (en référence à Genèse 2). Cette aide est définie plus précisément comme le mariage et la vie parentale.

Inégalité de Traitement : Jean-Paul II crée une différence fondamentale de statut :

    ◦ L’homme n’a pas de vocation et est libre.

    ◦ La femme est faite pour quelque chose, pour le mariage.

Critique de l’Assignation : Anne Soupa juge insupportable qu’une norme soit établie dans les Écritures pour assigner les femmes à cette vocation au XXIe siècle, car cela ne peut être qu’un choix personnel légitime, non une obligation normative.

Dévalorisation et Compliments Ambivalents : Jean-Paul II attribue aux femmes des rôles concrets mais limitants :

    ◦ Elles sont faites pour aimer (ce qui, selon Soupa, est dur pour les hommes qui n’auraient pas ce rôle).

    ◦ Le Cardinal Ratzinger (futur Benoît XVI) a renforcé cette idée en 2004, disant que la femme a l’intuition que le meilleur de sa vie est ordonné à « l’éveil d’un autre à sa croissance, à sa protection », ce qui développe en elle un sens des « choses concrètes qui s’opposent aux abstractions souvent mortifères ». Soupa y voit un « petit coup de séduction » mais qui dévalorise la contribution intellectuelle des femmes.

    ◦ Il les a aussi appelées les « sentinelles de l’invisible » (en 2004), ce qui signifie qu’elles ne sont « pas faites pour le visible », ajoutant une charge lourde d’assignation.

Le Modèle de Marie : Jean-Paul II utilise Marie comme le modèle de la femme qui réalise la plénitude de la perfection « de ce qui est caractéristique de la femme ». Soupa trouve cela « épouvantable » de donner un modèle de vierge et de mère à la fois aux femmes, insistant sur l’incompatibilité et le besoin d’accéder au sens symbolique du mot.

4. Le Différentialisme, Cause d’Inégalité

Anne Soupa récuse fortement le différentialisme de Jean-Paul II au profit d’un universalisme.

• Elle maintient que le différentialisme a des vices cachés car il sous-tend l’inégalité.

• Elle illustre ce danger en rappelant que le différentialisme fut un argument utilisé pour justifier la ségrégation entre les Noirs aux États-Unis (« vous êtes différents, vous êtes des poètes, vous êtes faits pour aller dans les champs, pas pour voter »).

En résumé, Jean-Paul II est perçu comme celui qui a institutionnalisé l’inégalité statutaire dans l’Église en utilisant la doctrine pour interdire le débat et en assignant les femmes à des rôles spécifiques basés sur le sexe plutôt que sur leur dignité humaine universelle.

Égalité non-discrimination.

La question de l’égalité et de la non-discrimination est au cœur de la démarche militante et théologique d’Anne Soupa au sein du catholicisme, l’amenant à dénoncer fermement les structures cléricales et les doctrines papales qui ont institutionnalisé l’inégalité statutaire.

1. La Demande d’Égalité et le Rejet du Différentialisme

Anne Soupa et le Comité de la Jupe, dont elle s’occupe, ont explicitement demandé l’égalité. Leur objectif est clair : « nous nous voulons la même chose que les hommes ».

Cependant, l’Église, notamment sous le pontificat de Jean-Paul II, a opposé à cette demande le principe du différentialisme.

L’Assignation Sexuelle : Le différentialisme soutient que les droits des individus dépendent du sexe. Il assigne à la femme une vocation spécifique — l’aide, le mariage et la vie parentale — tandis que l’homme n’a pas de vocation et est considéré comme libre. Soupa trouve cette manière d’assigner les femmes à une vocation insupportable au XXIe siècle, car cela ne devrait être qu’un choix personnel légitime, non une norme imposée par les Écritures.

Le Vice Caché de l’Inégalité : Anne Soupa conteste fortement le différentialisme au profit de l’universalisme. Elle soutient que le différentialisme a des vices cachés en ce qu’il « sous-tend l’inégalité ». Elle établit un parallèle historique en rappelant que cet argument a été utilisé pour justifier la ségrégation aux États-Unis (par exemple, en disant que les Noirs étaient faits pour aller dans les champs, mais pas pour voter).

2. Le Verrouillage Doctrinal contre la Non-Discrimination

Malgré le fait que le Concile Vatican II ait pris position contre toute forme de discrimination fondée sur le sexe (dans Gaudium et Spes), Jean-Paul II a mis en place des mesures restreignant l’égalité.

Régression des Droits : À l’époque des grandes conférences de l’ONU, le Vatican, avec quelques pays dictatoriaux, a affirmé que les droits dépendent du sexe, s’écartant de la position de la majorité des États qui reconnaissaient que les droits dérivent du fait d’être un être humain.

Interdiction du Débat : En 1994, Jean-Paul II a publié Ordinatio Sacerdotalis, affirmant que l’Église « n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes ». Cette position devait être « définitivement tenue par tous les fidèles », ce qui eut pour effet d’interdire le débat public sur la question de l’ordination. Ce verrouillage a rendu difficile de revenir sur la question.

3. Les Fondements Égalitaires de l’Évangile

Pour appuyer son plaidoyer en faveur de la non-discrimination, Anne Soupa se tourne vers l’attitude de Jésus :

Universalisme de Jésus : Elle souligne que Jésus, dans un monde qui n’était pas tendre envers les femmes, « n’a jamais fait acceptions de sexe de genre ». Il a considéré les femmes comme des « êtres humains à part entière ».

Pionnier des Droits : Elle affirme que Jésus « a inventé les droits de l’homme en inventant les droits des femmes » en leur donnant la même place qu’aux hommes.

4. L’Égalité Face à la Crise Institutionnelle

La non-discrimination et l’égalité sont perçues comme essentielles à la survie de l’Église :

Inévitabilité Sociétale : L’Église catholique ne pourra pas tenir face à une société qui est mixte et « non discriminante ». Si elle ne s’ouvre pas aux femmes, elle disparaîtra ou deviendra une « petite secte ».

Le Choc des Principes : L’évolution que Soupa attend est l’affrontement entre la question de la non-discrimination des sexes (les droits humains) et la liberté religieuse.

Primauté des Droits Humains : Elle anticipe le jour où il sera « intolérable que les droits de l’homme ne s’applique pas dans les églises et dans les religions ». Elle note que l’ONU a déjà demandé que les droits humains soient placés au-dessus de la liberté religieuse.

En somme, pour Anne Soupa, l’égalité et la non-discrimination ne sont pas seulement des objectifs moraux, mais des nécessités structurelles et exégétiques, vitales pour ramener l’Église institutionnelle vers l’universalisme prôné par l’Évangile.

Lien vidéo de la conférence : https://www.youtube.com/watch?v=IfIkSr9j8k8&t=3138s

Les femmes dans les religions monothéistes : le judaïsme

Le thème de l’année est « Les femmes dans les religions monothéistes ». Cette conférence sera dédié au judaïsme par Mme le Rabbin Iris Ferreira qui après des études rabbiniques à Londres est la première femme rabbin ordonnée en France et exerce au sein de la communauté juive libérale de Strasbourg.

https://www.youtube.com/watch?v=oOcHRRkfldE
Conférence Cordoba les femmes dans les religions monothéistes, le judaïsme

Grand entretien avec Ghaleb Bencheikh

Première saison : Les religions et la République

Nous avons le plaisir de vous inviter à suivre en direct l’interview d’une figure de l’islam en France : Ghaleb Bencheikh, président de la Fondation de l’islam de France, sur le thème de « L’islam et la République » le dimanche 13 juin à 20 h 30.

Grand entretien avec Ghaleb Bencheikh
Grand entretien le 13 juin 2021
Haïm Korsia

Grand entretien avec Haïm Korsia

Première saison : Les religions et la République

https://www.youtube.com/watch?v=D1TaRH1pkrs

Le dimanche 11 avril à 18 h

Suivez ici en direct sur notre site et Youtube l’entretien avec

Haim KORSIA

Grand Rabbin de France

Qui répondra aux questions de Cordoba sur le thème :

« Comment le judaïsme s’inscrit-il dans la République ? »

Posez sur le site avant le 10 avril à 22h à Haïm Korsia une question autour du thème de l’Entretien. Notez qu’une sélection aura lieu en fonction du nombre de questions reçues.

Rencontres avec des personnalités du monde des religions,

Les Grands Entretiens de Cordoba

abordent des problématiques clés avec les meilleurs spécialistes des trois monothéismes.